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Declaration du gouvernement sur la situation au Proche-Orient

mercredi 14 janvier 2009

Sénat
séance publique du 14 janvier 2009

Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, je ne reviendrai pas sur les propos de Mmes Monique Cerisier-ben Guiga et Josette Durrieu, dont je partage les analyses et les préoccupations. Chacune d’entre elles a traité un aspect de cet horrible conflit, qui touche de manière massive les populations civiles. Pour ma part, je m’attacherai à en décrire les conséquences sur le plan intérieur, en m’intéressant à la manière dont il affecte notre nation.

Notre pays connaît une période de tensions fortes, marquée d’actes condamnables et odieux : tombes et synagogues profanées, personnes des deux communautés prises à partie. Ainsi, dans ma circonscription, deux lycéens d’origine maghrébine du lycée Janson-de-Sailly – c’est le lycée où sont scolarisés mes enfants – ont été agressés parce qu’ils ont refusé des tracts distribués par une organisation de soutien à Israël.

J’ai parfois le sentiment qu’émergent désormais des musulmans et des juifs plus que des citoyens. Cette situation donne l’occasion à certains d’utiliser des référentiels identitaires comme mots d’ordre politiques, en expliquant que l’universalisme républicain ne serait plus un modèle. Cela représente aujourd’hui un réel danger.

Mais cette importation présumée du conflit sur notre territoire ne doit pas nous leurrer. La République est mise à mal non pas par un éventuel réveil du religieux et de l’ethnique, mais par la désagrégation du lien social. Certaines personnes se sentent exclues, et la frustration qu’elles ressentent trouve un écho dans celle des populations palestiniennes. À l’occasion de ces malheureux événements, une telle identification par la relégation et l’injustice offre un exutoire dans un combat de substitution, à travers une explosion de colère.

Nous l’avons vu lors des manifestions qui se sont déroulées dans toute la France, d’autres jeunes se mobilisent désormais dans le cadre d’une citoyenneté active. C’est nouveau. Il ne faut sous-estimer ni leur indignation ni leur frustration.

Aussi est-ce une réponse politique au Proche-Orient et une réponse sociale en France qu’il faudra apporter.

Au sujet de sa judéité, Raymond Aron déclarait ceci : « Je suis Français, citoyen français, et je reste en fidélité avec la tradition qui m’a porté. » Je fais mienne cette citation. Les identités multiples nous concernent tous. Nombre de Français de confession juive se sentent préoccupés par la sécurité d’Israël. Issue moi-même de la culture arabo-musulmane, je vis, comme d’autres, avec le problème palestinien inscrit dans ma conscience politique. Ce conflit se transmet maintenant de génération en génération et contribue à forger une « identité tragique » des deux côtés. Il existe un terreau commun en dépit des différences, ne laissons pas nos enfants grandir dans la haine de l’autre.

Pourquoi évoquer nos enfants ? Parce que nous avons les plus importantes communautés musulmane et juive d’Europe. Aussi nous devons-nous d’être attentifs à ne pas faire de différences entre les communautés et, surtout, à ne pas confessionnaliser ce conflit.

Dans ce contexte, que penser de la convocation des seuls Conseil représentatif des institutions juives de France et Conseil français du culte musulman au ministère de l’intérieur ? Une telle question est politique, et non religieuse. C’est un conflit géopolitique avec lequel interfère le phénomène religieux, et non l’inverse. Le prisme religieux donne une coloration spécifique, ne la rendons pas exclusive. En d’autres termes, ne passons pas une fois encore à côté du conflit en posant la mauvaise question.

Dès lors, la situation appelle une réaction forte et immédiate de condamnation des actes, puis une réflexion et une action des pouvoirs publics sur le long terme, dans quatre domaines principalement : la lutte contre l’exclusion sociale et les discriminations, qui – on ne le dira jamais assez – sont des morts sociales ; la nécessaire promotion, sur le plan républicain, de l’égalité et de l’équité ; une pro-activité gouvernementale sur la question du Proche-Orient ; une évolution du traitement de l’islam et du monde musulman par les médias.

Sur le terrain social, dans le contexte actuel de crise, il faut porter une attention particulière aux populations issues de l’immigration, montrer que l’État est attentif à faire en sorte que leur souffrance soit semblable à celle des autres, c’est-à-dire ni plus ni moins grande, et ne pas relâcher la lutte contre les discriminations.

Sur le terrain de la République, islamophobie et antisémitisme sont les deux faces d’une même médaille. Frantz Fanon disait : « Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille : on parle de vous. »

Dans notre République, toute insulte communautaire est une insulte à l’ensemble de la communauté nationale. Toute profanation de mosquée, de synagogue, d’église ou de tombe est une atteinte à la République, à notre lien social, à notre nation. Doit-on instaurer une hiérarchie dans l’indignation en mobilisant plus de moyens dans un cas que dans un autre ? Non ! Il est important de faire preuve d’équité dans la compassion, sous peine d’aider au développement d’un sentiment d’injustice. Il y va de la cohésion nationale.

La République que je soutiens, c’est celle qui traite ses enfants de manière égale. Dans ce domaine, ce n’est pas toujours le cas. Nous l’avons vu lors de la profanation des tombes musulmanes du cimetière militaire de Notre-Dame-de-Lorette, perpétrée à l’occasion de la plus importante fête canonique musulmane : la République a été absente.

En tant que républicains, nous avons plus que jamais l’obligation de promouvoir la laïcité, cet espace de concorde qui nous permet de vivre ensemble au-delà de nos différences.

Sur le terrain de l’action des pouvoirs publics, pour éviter d’importer le conflit, il faut d’abord le déconfessionnaliser et, surtout, le politiser. Cela a été souligné par plusieurs intervenants.

Une telle démarche exige par exemple de juger les actes, et non les acteurs, et de mettre à bas la « bien-pensance » qui immobilise nos élites de tous bords.

Juger l’armée israélienne ou le Hamas, ce n’est pas être antisémite ou islamophobe, c’est s’appuyer sur des faits et des données pour établir des responsabilités. Je réclame le droit à l’objectivité et à l’analyse sans être taxée d’antisémitisme. Le terrorisme intellectuel a vécu !

À ce titre, monsieur le ministre, la France, patrie des droits de l’homme, doit être au premier rang pour condamner l’impossibilité d’entrer dans la bande de Gaza pour les convois humanitaires et pour la presse, laquelle ne peut rendre compte de la situation, ce qui alimente toutes les rumeurs, ni établir la vérité, gage de la paix sociale. Comment peut-on laisser aussi silencieusement le gouvernement israélien bafouer le droit ?

Cela veut-il dire que la France ne commencera à s’inquiéter que lorsque l’armée israélienne emploiera des moyens encore plus terribles ? La diplomatie n’empêche pas la fermeté. On est davantage pris au sérieux quand on est ferme. De surcroît, au moment où les populations civiles de Gaza sont sous les bombes, la Cisjordanie est témoin d’une colonisation massive. Doit-on l’oublier et jouer ainsi le jeu du gouvernement israélien actuel, en obérant les possibilités de paix futures ?

Comme cela a été souligné dans le débat, les armes se tairont peut-être après l’investiture du président Obama. En attendant, combien de morts civils, de femmes ou d’enfants tués dans cette prison à ciel ouvert qu’est Gaza ?

Les poètes Mahmoud Darwich et Edward Saïd me manquent. « Même le soleil ne se lève plus à Gaza sous les bombes. » En guise de lumière, ses habitants ont celle des bombes au phosphore blanc…

Monsieur le ministre, vous qui êtes le promoteur, le chantre du droit d’ingérence quand des atrocités sont commises, permettez-moi de vous interpeller : ce droit serait-il valable partout dans le monde, sauf pour le conflit israélo-palestinien ?

Nous avons le devoir de réagir avec intelligence, parce que des populations qui sont marquées par ce conflit vivent sur notre territoire. À ce titre, le rôle des médias dans la représentation tant des différentes communautés que du conflit est essentiel.

Rappelons une évidence : le processus de mondialisation concerne également l’information, ce qui fait que nos concitoyens ont accès aussi bien à internet qu’à des journaux étrangers. Ils déconstruisent l’information et portent de plus en plus un regard critique sur la manière dont les médias en France rendent compte du conflit. Le souci d’un traitement sobre, sans parti pris, doit animer les rédactions de l’ensemble de nos médias.

De manière plus générale, comme je l’ai déjà dit lors du débat sur l’audiovisuel public, je m’insurge contre le traitement de l’islam par les médias. Il est tout simplement révoltant que l’on invite à discourir sur l’islam à une heure de grande écoute des personnes ne parlant ni l’arabe ni le français – je les qualifierai d’ « analphabètes bilingues » – ou des wahhabites intransigeants, alors que nombre d’intellectuels, musulmans ou non, sont tout aussi capables d’évoquer cette question.

Quand on parle de l’islam dans ces termes, c’est de moi que l’on parle ! On méprise le téléspectateur, on renforce une vision stéréotypée sans montrer la diversité de la pratique et la réalité de cette religion, qui relève du socle abrahamique, comme le christianisme et le judaïsme. Pire, on conforte aussi bien l’islamophobie que l’islamisme radical dans leurs certitudes, ce qui peut jouer un rôle dans une éventuelle importation du conflit.

Je veux saluer ici toutes les organisations qui œuvrent pour la paix, notamment les organisations féminines composées de femmes palestiniennes et israéliennes, en particulier la Coalition des femmes pour une paix juste, la Coalition des pacifistes israéliens pour Gaza et le Collectif des femmes en noir, que nous avons rencontré au Sénat grâce au groupe CRC-SPG. Il faut du courage, dans cette région du monde, pour faire la paix, et ces femmes en ont.

Je conclurai, monsieur le ministre, en disant que la violence conduit à l’impasse.

Si les causes à l’origine de la violence dans cette région du monde ne sont pas traitées dans un processus raisonné, nous finirons inévitablement par être atteints. C’est pourquoi il nous faut continuer inlassablement, d’abord pour ceux qui subissent cette violence, ensuite pour nous-mêmes, à faire preuve d’exigence avec nos amis des deux bords, en tenant un discours de vérité et de courage.

Pour que le courage fasse école, monsieur le ministre, il faut que, sur cette question, la peur nous quitte. De part et d’autre, nous devons dépasser les réactions émotionnelles que nos origines nous imposent, pour ne voir que la justice et le droit. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG, ainsi que sur certaines travées du RDSE et de l’Union centriste.)

Contribution thématique de Bariza KHIARI et de Fayçal DOUHANE

dimanche 20 juillet 2008

LA FRANCE EST EN NOUS
CONGRES DE REIMS

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Nous sommes les héritiers de Montaigne et d’Averroès, de Voltaire et de Césaire. Nous sommes les enfants de l’Histoire de France. Et pourtant, pour certains, nous restons « Beurs, Blacks, jeunes-de-banlieue, issus-de-l’immigration, minorités-visibles. Pour d’autres, « Arabes, musulmans, voire Indigènes ou encore racailles ». Tant de mots et d’expressions pour nommer une même réalité : la différence d’origine, de couleur, de religion. Positifs ou péjoratifs, aucun de ces termes n’est neutre et chacun d’eux vise à singulariser une partie de la population française. Aujourd’hui, on nous appelle « les-issus-de-la-diversité ». Parce que nous refusons cette assignation, fût-elle sémantique, parce que nous croyons encore à la dynamique fondée sur le mérite et en la promesse républicaine d’égalité, parce que sommes avant tout des socialistes, nous revendiquons le droit à l’inclusion au cœur de la Nation et notre place en son sein.

Nos papiers, nos familles, nos avenirs sont français, mais avoir un ascendant arabe, africain ou asiatique nous fait toujours obligation de rappeler notre identité sur plusieurs générations. On a multiplié les nuances et les périphrases pour masquer cette réalité. Jusqu’à l’absurde. Paroxysme de l’hypocrisie, en France, les « jeunes des banlieues » ne désignent pas une classe d’âge, mais une origine ethnique ! Le temps n’y a rien changé. Arrière petit-fils de tirailleur sénégalais, petite-fille d’ouvrier algérien, jeune créole de Pointe-à-Pitre… nous avons hérité de la couleur et du patronyme de nos aïeux. Or cela fait de nous, à ce seul titre, l’étranger, l’Autre.

Au fil du temps, nous avons fini par intégrer cette altérité. C’est pourquoi notre rapport à la Nation peut paraître aussi complexe. En effet, ce « marquage » des origines crée et alimente un malaise, une ambiguïté identitaire. Nés en France de parents Français, certains parmi nous en sont venus à ressentir la nostalgie de l’exilé envers un pays dont ils ne connaissent pourtant rien. Ils se perçoivent comme des « immigrés de l’intérieur ». Par dépit, ils ont choisi d’entretenir cette singularité en se nommant les « indigènes » et à nommer l’autre « gaulois » ou « céfrancs ».

Nous avons hérité de nos parents une langue et une culture. Nous avons pu les accepter, vouloir les transmettre à notre tour ou les dépasser. Les situations sont diverses et nuancées et dépendent beaucoup de nos histoires personnelles. Tous, nous portons en nous les ingrédients d’identités plurielles et polychromes ; nous vibrons au récit de la victoire de Valmy et tremblons à celui du massacre de Sétif. Qu’une loi reconnaisse les bienfaits de la colonisation, et notre sang ne fait qu’un tour ; qu’une loi règlemente les signes distinctifs à l’école, et nous sommes en première ligne pour la soutenir. Nous sommes les enfants de la Laïque. Mais on cherche toujours à nous placer sur un curseur allant d’« étranger » à « Français ». Et tous les noms dont on nous affuble sont l’échelle de ce curseur. Combien de temps faudra-t-il encore avant que nous puissions tout simplement être Français ?

Nous croyons profondément aux principes des Lumières et de la Révolution Française. Il y a bientôt 220 ans, le Tiers Etat réuni en Assemblée Nationale rédigeait la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. Nous ne l’oublions pas. Des hommes et des femmes qui venaient de renverser la tyrannie de l’Ancien Régime posaient les principes qui gouvernent toujours notre République. Une conception nouvelle de la Nation venait de s’affirmer, fondée sur l’égalité des citoyens, par delà leur origine, leur couleur, leurs opinions ou leur religion.

La mise en œuvre de cette déclaration de principes aura été longue et difficile. Il aura fallu de nombreuses années de luttes pour réduire le fossé entre les principes et la vie réelle. Républicanisme, mouvement ouvrier, combat laïc, féminisme, anti-colonialisme … Tous ces combats auront été nécessaires pour que prenne forme la promesse de 1789. Mais l’égalité réelle n’est jamais acquise, le combat reste inachevé : il doit toujours être recommencé et approfondi. Notre travail sur la question des discriminations s’inscrit dans la continuité de ces combats. Rejetés aux marges de la nation, « les divers, les minoritaires, les issus-de-… » sont plus facilement et plus naturellement victimes de discriminations.

En cela, nous voulons poser clairement la question nationale. La Nation est aujourd’hui – à tort – un thème mal aimé à gauche. Trop longtemps, nous en avons laissé le monopole à l’extrême droite, puis à Nicolas Sarkozy. En abandonnant la question de l’identité nationale aux démagogues et aux tenants du tout sécuritaire, nous avons failli à la mission historique de la gauche.

Être français : une évidence et un questionnement

Face à toutes ces bonnes âmes qui prétendent respecter l’autre en le nommant contre son gré, nous préférons ne voir que des citoyens français. Alors que pour certains à gauche, la nation semble être devenue une question taboue, nous voulons réaffirmer notre appartenance à la nation française et notre fidélité à ses valeurs républicaines d’égalité et d’émancipation.

La droite veut aujourd’hui nous imposer une vision réactionnaire et étriquée de la nation. Le lien entre immigration et délinquance est systématiquement entretenu par Nicolas Sarkozy ; la création d’un ministère associant immigration et identité nationale dénote clairement la volonté de stigmatiser tous ceux qui, à des degrés divers, ne correspondraient pas à l’ADN du « bon Français ». La multiplication de ces discours d’exclusion vise avant tout à segmenter la société, pour masquer les ravages des politiques libérales, en opposant les français entre eux.

Le Parti Socialiste doit combattre l’offensive idéologique de la droite visant à imposer, par des procédés insidieux, une conception essentiellement ethnique et religieuse de la Nation française. Le discours du Latran, les attaques répétées contre la laïcité notamment contre la loi de 1905, les statistiques ethno-raciales témoignent de cette conception. Il nous faut dénoncer et rejeter l’alignement, au plus haut niveau de l’Etat, sur la doctrine guerrière des néo-conservateurs américains. Face à ce discours qui sème la division et qui fait de nous des Français suspects, la gauche doit porter sa vision républicaine, universaliste et confiante de la Nation. Dans un monde globalisé, nos identités tendent à devenir transfrontalières. Parce que l’identité moderne est complexe, il faudra désormais admettre et faire comprendre qu’on peut aimer la France, être citoyen français et assumer la plénitude d’une identité plurielle.

Dans notre réponse aux discours de la droite, nous sommes restés dans l’ordre du symbole. Or, la Nation ne se résume pas à un drapeau accroché à une fenêtre ou à une Marseillaise entonnée dans les écoles. La Nation est l’essence même de ce qui permet au citoyen de se construire et de jouer pleinement son rôle au sein de la collectivité. Autour d’elle s’articulent les grandes problématiques de notre époque :

Qu’est-ce qu’être Français en France ? Comment voulons-nous vivre ensemble ?
Qu’est-ce qu’être Français en Europe ? Quelle Europe voulons-nous ?
Qu’est-ce qu’être Français dans le monde ? Quel rôle voulons-nous tenir dans la mondialisation ?

Dans un univers globalisé en quête de repères puissants, le questionnement sur l’identité nationale est légitime. Mais, il ne doit pas être laissé à la seule droite conservatrice, ni lié à la thématique de l’immigration. Au contraire, la gauche a historiquement défendu et promu une autre idée de la Nation, transcendant les identités héritées, faisant de la promesse républicaine un lien plus puissant que la somme des origines.

La République : un espoir trop longtemps déçu

Si la définition d’Ernest Renan de la nation comme « plébiscite de chaque jour » n’a rien perdu de sa beauté, elle peine néanmoins à trouver prise dans un monde hanté par le fantasme délétère du « choc des civilisations ». Dès lors, le simple rappel et la seule incantation des principes républicains d’égalité et d’universalisme ne suffisent plus. Toute la promesse républicaine tenait déjà dans cette formule de Gambetta : « La République, ce n’est pas de reconnaître des égaux, mais d’en faire ». Pour redonner sens à ce projet politique, pour que les identités héritées ne se transforment pas en « identités meurtrières », nous devons, par des politiques concrètes, redonner tout son sens à cette injonction en façonnant les nouveaux outils de l’égalité républicaine. Nous voulons de nouveaux hussards pour la République de demain. Mais nous voulons que ces hussards puissent être noirs de peau.

Français, nous le sommes en droit certes, mais les faits sont têtus et parlent cruellement. Les discriminations subsistent et frappent de plein fouet ceux qui sont déjà les plus défavorisés socialement. Pour les classes populaires, les humiliations sont quotidiennes. Notre combat n’est ni communautaire, ni identitaire, il est républicain.

Pour beaucoup d’entre nous, l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002 et les émeutes de novembre 2005 ont été un traumatisme. Ces évènements nous ont aussi rappelé notre propre échec : celui de l’anti-racisme militant des années 80, celui des tentatives des premières générations pour s’intégrer dans le champ politique. Ces tentatives nous ont justement ramenés à la faillite même du concept d’intégration, nous rappelant combien nous avons été dupes des politiques et de nous-mêmes.

Au final, la Marche pour l’Egalité et le combat anti-raciste des années 1980 ont débouché sur une impasse politique. Ce combat n’a fait ni reculer l’extrême droite, ni même améliorer concrètement la situation de plusieurs générations. Déjà à l’époque et au grand dam de ses participants, la mobilisation avait été rebaptisée « Marche des Beurs », ce qui revenait à donner une connotation ethnique à une démarche avant tout politique et citoyenne. L’antiracisme était devenu la bonne conscience de la gauche. Aucun réel progrès n’était au rendez-vous. Des millions de personnes tentent aujourd’hui encore mais en vain, non pas de s’intégrer, mais d’être reconnues en fonction des seuls critères de mérite et de compétence. Nous payons aujourd’hui la somme des échecs d’hier.

Du paradigme de l’intégration à celui d’égalité républicaine

Nous avons assumé ces erreurs passées et essayé de donner un souffle nouveau au combat pour l’égalité. Nous avons proposé d’abandonner le paradigme pernicieux de l’intégration, pour lui préférer celui de l’égalité républicaine. Certains continuent à nous parler d’intégration, à nous qui sommes souvent nés en France et qui n’avons jamais vécu ailleurs. Le paradoxe est cruel : comment s’intégrer à une communauté nationale à laquelle on est déjà supposé appartenir, du moins en droit ? Serions-nous « moins égaux que les autres », pour devoir nous intégrer ? Il aura fallu bien des années de combat pour dissiper cet écran de fumée de l’intégration et replacer le débat sur le terrain de l’égalité.

Combien d’années faudra-t-il encore pour convaincre que la promotion de la diversité n’est pas une question ethnique, mais d’abord une question sociale ? Certes, la prise de conscience de l’enjeu que constituent les discriminations est réelle, et nous ne pouvons que nous en réjouir. Dans notre Parti, grâce à quelques précurseurs, les progrès sont incontestables. Depuis les congrès de Dijon et du Mans, nous avons inscrit la lutte contre les discriminations et l’exigence de diversité parmi nos priorités. Les dernières élections municipales ont montré que la diversité est de mieux en mieux respectée dans les scrutins de liste. Les exécutifs de gauche reflètent davantage la société française. Cependant, beaucoup de travail reste à faire sur la visibilité. Parallèlement, la société civile s’est saisie de cet enjeu de la diversité et les clubs de réflexion, les colloques, les actions pédagogiques se sont multipliés. Mais, dans les quartiers populaires, les discriminations continuent à gangrener le corps social parce que les « issus de la diversité » sont perçus et placés aux marges et non au cœur de la Nation.

C’est en déconstruisant méthodiquement la vision ethnique de la droite sur la Nation que nous ferons revivre le souffle de 1789. Le Parti socialiste doit s’atteler à ce travail de fond s’il veut redevenir un grand parti d’émancipation, attentif au sort des classes populaires et préoccupé par cette problématique fondamentale. La diversité est donc avant tout un impératif de cohésion sociale. Si elle devient réalité, si elle s’applique à toutes les catégories de la population, elle sera source d’un sens civique renouvelé. Faute de quoi, notre pacte républicain s’effritera insidieusement et nous serons confrontés inévitablement un jour à la question raciale, comme l’est aujourd’hui, malgré lui, Barack Obama, dans une nation américaine déchirée par les inégalités sociales.

Re-poser la question sociale

La promotion de la diversité n’est pas notre horizon unique. Notre combat est d’abord celui de la mixité et de l’ascension sociale. Notre travail sur le terrain a fait de nous les témoins impuissants de la précarisation croissante de notre société, de l’angoisse quotidienne des familles pour l’avenir de leurs enfants, la santé, ou le pouvoir d’achat.

Si nous acceptons sans réagir la mort sociale de certains territoires de la République, nous connaîtrons de nouveaux soubresauts et de nouvelles tensions. Pour lutter contre les identités meurtrières, contre la double désagrégation du lien social et du lien citoyen, l’égalité et la diversité ne doivent plus seulement être des mots mais des actes.

Les gouvernements de droite ont mis la question sociale au rebut, préférant analyser la société au prisme du libéral-communautarisme. Aujourd’hui, nous devons affronter la réalité sociale la plus crue et la plus douloureuse : si les quartiers ont déjà explosé et si cela peut se reproduire à tout moment, c’est en raison de la grande pauvreté qu’on a laissé s’y développer.

Alors que certains tentent d’ethniciser la question sociale à travers la légalisation de statistiques ethno-raciales, nous devons nous confronter à d’autres chiffres, bien plus éclairants : ceux de la réalité sociale des quartiers populaires : urbanisme aliénant, ghettoïsation, logements dégradés, chômage de masse, précarisation de l’emploi, discriminations répétées, délitement des liens sociaux et familiaux … tous les indicateurs annonçaient l’embrasement. Dès lors, comment s’étonner que la violence économique ait de telles répercussions et se transforme en émeutes et en violence autodestructrice ?

Cette question sociale, qui se posait avec tant d’acuité dans les quartiers populaires, s’étend progressivement aux classes moyennes. Les attaques répétées contre les services publics, les coupes claires dans les prestations familiales et sociales, les hausses incontrôlées des prix de l’énergie, de l’alimentation ou du logement … tout cela concourt à une paupérisation de la société française. La dégradation des conditions de travail est, elle aussi générale. Face à cette tragédie sociale, le politique doit reprendre sa place, et affronter les difficultés, sans chercher de dérivatif dans la démagogie ou le populisme. Nous devons affirmer avec force notre attachement aux mécanismes de l’Etat-providence qui sont battus en brèche chaque jour un peu plus. Les systèmes de protection collective et nos services publics sont le capital de ceux qui n’en ont pas.

Le Parti Socialiste constituera une alternative crédible s’il prend réellement conscience qu’une nation ne sera jamais plus forte que son maillon le plus faible. Avant d’être une « terre à problèmes », les banlieues sont avant tout les territoires de femmes et d’hommes à connaître et à reconnaître. Il est donc urgent de bâtir notre projet en direction des plus défavorisés de nos concitoyens et notamment vers ceux des quartiers populaires qui recèlent tant de dynamisme, d’énergie et de créativité. L’air du temps et la « gouvernance émotionnelle » ne constituent pas une politique.

Outre ce travail sur notre projet, nos succès lors des derniers scrutins locaux nous obligent dès aujourd’hui à l’action. Dans toutes nos collectivités territoriales, nous avons un véritable devoir d’exemplarité. De nombreuses expériences locales valident déjà notre projet. Nous devons les pérenniser et les généraliser. La lutte pour l’égalité réelle ne se jouera pas seulement à l’échelon national. Elle sera d’abord locale.

Quel modèle pour demain ?

Notre société serait condamnée à choisir entre l’universalisme républicain et le multiculturalisme. Cette alternative est une impasse. Notre modèle républicain reste encore la meilleure garantie de l’émancipation sociale, le meilleur rempart contre toutes les inégalités. Nous devons toutefois reconnaître lucidement les failles du « modèle ». Etre authentiquement républicain aujourd’hui, ce n’est pas prêcher la conservation d’un modèle dont chacun reconnaît les insuffisances.

La République n’est pas un dogme, elle est un projet toujours perfectible. Tout en restant fidèles à nos convictions et à nos principes, nous devons revivifier et faire réellement vivre ce modèle, pour qu’enfin la promesse républicaine redevienne crédible. C’est ce travail en profondeur, à la fois sur l’héritage républicain et sur son inclusion dans la modernité, qui nous permettra de mieux répondre aux questions que nous estimons majeures et parmi celles-là :

Qu’est-ce qu’être Français en France ? Parce que la France est en nous, nous voulons construire son avenir. Nous croyons que le Parti socialiste doit porter une nouvelle conception du vivre-ensemble. Cette conception doit se fonder sur un examen lucide de notre Histoire, notamment coloniale, et sur un véritable diagnostic des réalités sociales. A cet effet, il devra proposer des solutions adaptées pour réduire les inégalités et éradiquer toutes les discriminations.

Qu’est-ce qu’être Français en Europe ? Parce que la France est en nous, nous voulons l’Europe sociale. Nous croyons que pour aboutir à l’union des peuples européens à laquelle nous aspirons, nous devons proposer des alternatives aux politiques ultra-libérales des droites européennes : des institutions plus démocratiques, une harmonisation des politiques fiscales et sociales et un engagement concret en faveur du développement durable et solidaire.

Qu’est-ce qu’être Français dans le monde ? Parce que la France est en nous, nous la voulons exemplaire dans le monde. Nous croyons que le modèle républicain revivifié doit redevenir symbole d’émancipation. Nous croyons aussi que le principe de laïcité reste l’une des meilleures garanties de cette libération des Hommes. Nous voulons que la République Française soit irréprochable dans son action internationale et que ses valeurs universalistes la conduisent à refonder ses relations avec les pays du Sud, sur des bases de solidarité.

Parce que socialistes, nous sommes de la couleur de ceux qu’on discrimine. Parce que socialistes, nous devons porter l’espoir de ceux qui souffrent.

Pour eux, il est temps de proposer une vision de gauche authentique qui leur accorde enfin la place qui leur revient dans la communauté nationale. Il est temps pour nous de clarifier notre dessein pour la Nation. Il est temps de nous rassembler et de travailler dans un esprit de fraternité à un projet crédible et ambitieux pour la République de demain. Nous plaçons tous nos espoirs dans ce Congrès de 2008 pour qu’émergent enfin les conditions de l’alternance.

Premiers signataires : Bariza KHIARI, Sénatrice de Paris, Membre du Bureau national et Fayçal DOUHANE, Membre du Conseil National, Claude BARTOLONE, Président du Conseil Général de Seine Saint Denis, Député, Zorah AIT-MATEN, Déléguée nationale, 1ère Adjointe au Maire du 7ème arrondissement de Lyon, Razzy HAMMADI, Secrétaire national à la riposte, Beatrice ARRUGA, Vice-présidente de la région Centre, Adjointe au Maire de Vendôme Kofi YAMGNANE, Vice Président du Conseil Général du Finistère, Pierre AIDENBAUM, Maire, Ali KISMOUNE, Délégué National, Séverine TESSIER, Commission Nationale des Conflits, Rachid MAMMERI, Conseiller Régional, Christophe ROUILLON, Maire, Membre du Conseil National, Nathalie BELLITY, Secrétaire Fédérale en charge des questions sociales et Présidente de l’Association C’la vie, Hamou BOUAKKAZ, Adjoint au Maire de Paris, Paul QUILES, Ancien Ministre, Monique CERISIER-BENGUIGUA, Sénatrice des Français de l’étranger Vincent LENA, Secrétaire national à la solidarité urbaine, Richard YUNG, Sénateur, Stéphane SAINT ANDRE, Maire de Béthune, Brigitte BOURGUIGNON, Conseil National, Adjointe au maire de Boulogne sur mer, Moncef JENDOUBI, 1er adjoint au maire ville de Boissy Saint Leger (94), Jérôme PASCO, 1er adjoint au Maire de Conches, secrétaire de section adjoint, Viviane PALUMBO, Secrétaire de la section Bessillon-canton de Cotignac, Pierre LEMAIRE, Kingston Jamaïque, Jean-Daniel CHAOUI, CA de la section de Madagascar, Bureau Fédéral de la FFE , Nadia TOUIZ, Mehdi OURAOUI, Responsable National à la citoyenneté, Faouzi LAMDAOUI, Secrétaire National à l’égalité, Tony DI MARTINO, Secrétaire Fédéral (93) ; Sajjad KHOKHAR, CA Bagnolet, Margarita MODRONO ZIN EL ABIDINE, Antoine HOME, Maire de WITTENHEIM, Conseiller Régional, Mathieu DURQUETY, Conseiller municipal, Bureau Fédéral, Mustapha AKSIL, Membre du Conseil National, Sanda RABBAA, Maire Adjointe, Pierre-Alain Weill, Délégué national, Antoine CASINI, Conseiller Général, Fatima YADANI, Maire Adjointe, Corinne AZZOUZ, Franck DUDT, Secrétaire de section, Ali ZAHI, Adjoint au Maire, Mireille LACOMBE Conseillère générale du Puy-de-Dôme, François BIYELE, Cédric VIOT, Secrétaire de section 13éme Est Paris, Jean Laurent TURBET, Membre du Bureau Fédéral des Hauts-de-Seine, Bernard SEYTRE, Raphaëlle DUFOUR, Conseil Fédéral de Paris, Présidente de l’Association DIGNITE INTERNATIONALE, Ghislaine SALMAT,Conseillère d’arrondissement Paris 16, Gaspard-Hubert LONSI KOKO, Bureau Fédéral de Paris, Selim BEN ABDESSELEM, Serge ISRAEL, Conseiller Général, Gordana CHARLEZ, Zacharia BEN AMAR, Maire Adjoint de Nanterre, Jean-Yves De FRANCIOSI, Conseiller Municipal ,Sabri LABIODH, Secrétaire de Section du 17ème Paris Hichame MAANANA, Commission Nationale du Contrôle Financier, Arthur COLIN, Jean Bernard MAGESCA, Claude BOUCHAFA, Noria CHAIB, Secrétaire de Section de Vallauris, Déléguée Nationale chargée de la prévention de la délinquance, Jean-Yves De FRANCIOS, Joel MOUSSAVOU, Laurence MOUSSAVOU, Françoise CHADES, Ike AILA NGOUANI, Pierre FREYBURGER, Conseiller Général de Mulhouse, Xavier GOLCZYK, Adjoint au Maire du 19° de Paris, Antoine LOGUILLARD, Secrétaire Fédéral à l’éducation- Ariège, Christine GRIMAUD, Malika BENM’BAREK, Conseillère Municipale à Mulhouse, Salomé MEIERS NAEM, Conseillère d’arrondissement Paris 10, Franck FARAJI, Yannick AINOUCHE, Karim AOU, Alain FONTAINE, CA Noisiel (77), Nordine AÏSSAT, Christian CASTAGNA, Colette SADIK, Georges BEN SAMOUN, Christian VURPILLOT, Comédien, Ahmed NADJAR, réalisateur, ABED Karim, Inspecteur du travail, Jean-François PICAUT, Mathieu RIGAL, Section de Berlin, Jean Philippe DANIEL, Anne ESAMBERT, Colette ILUNGA, Conseillère d’arrondissement Lyon 9ème, Romain BLACHIER, Secrétaire Fédéral, Secrétaire de section, Adjoint au Maire de Lyon, Fatma BOUVET DE LA MAISONNEUVE, Conseillère Municipale de Montrouge, Eric TREILLE, Secrétaire de section, Philippe BLANCHOT, David JACQUET, Conseil Fédéral, Conseiller municipal, Naza MOKHTARY, Secrétaire de section, Guy CIRLA, Pierre GRIMAUD NAW, Aswandeo SOOKEEAH, Fédération des Français à l’Etranger, Valérie PICQUET, Section de Bruxelles, Audrey AIT KHEDDACHE, Lynda BELHADI, Secrétaire fédérale, Bureau fédéral (92), Abdelkader BENALI, Conseiller Municipal -Rosny sous Bois(93), Nasserdine HAIDARI, Conseiller d’arrondissement de Marseille. Gilles BON-MAURY, section de Reims

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Nous te proposons de signer cette contribution.

Fayçal DOUHANE 0608719150 fdouhane@yahoo.fr

La mixité en danger

jeudi 24 avril 2008

LE MONDE 22 avril 2008

Une fois de plus, l’Europe a bon dos. Au nom d’une prétendue directive européenne, le gouvernement français vient de faire adopter par le Parlement, dans un texte de loi destiné à lutter contre les discriminations, une disposition remettant en cause la mixité à l’école. Aucun ministre de l’éducation, aussi réactionnaire fût-il, n’aurait eu « l’audace » d’inscrire dans nos textes, ne serait-ce que par voie de circulaire, la possibilité d’organiser « des enseignements par regroupement des élèves en fonction de leur sexe » sans s’exposer à la foudre des organisations laïques et des syndicats de l’enseignement.
Les directives européennes, que nous avons à transposer dans notre droit national, sont pour la plupart d’inspiration libérale et il nous a souvent fallu batailler ferme pour préserver en France nos spécificités. Or, dans le cas qui nous occupe, l’Europe n’est pas en cause. Aucune des directives européennes à transposer dans ce texte ne touche au champ de l’enseignement, qui reste une compétence strictement nationale.
Dès lors, le gouvernement a menti au Parlement en affirmant, à la tribune de l’Assemblée, que cette dérogation à la mixité à l’école était une exigence de la Commission européenne et qu’on ne pouvait donc s’y soustraire. Au Sénat, tous les groupes parlementaires ainsi que la délégation aux droits des femmes étaient d’accord pour supprimer cette disposition. Or, contre toute attente, le 9 avril, lors de la discussion du texte en séance publique, le gouvernement a maintenu sa position, ordonnant à sa majorité de se plier. Cet épisode parlementaire en dit long sur la liberté de parole et d’amendement de la majorité et augure mal de la façon dont on entend donner plus de pouvoir au Parlement. Il révèle aussi l’influence grandissante des intégristes de tout poil au sein du pouvoir d’Etat.
La mixité est un acquis fragile. Parmi ses détracteurs, trois arguments sont invoqués. Le premier, d’ordre pédagogique, met en évidence le frein que peut constituer la mixité aux performances respectives des filles et des garçons. Le second, d’ordre social, souligne la montée des violences dans les établissements, et notamment des violences sexuelles. Le troisième, que l’on peut classer, faute de mieux, dans la catégorie « morale », déplore l’indécence qu’il y aurait à suivre, pour les garçons et les filles, des cours en commun. La délégation aux droits des femmes du Sénat s’était saisie de cette question en 2004. Elle avait conclu que les réponses aux problèmes soulevés se trouvaient non pas dans la ségrégation, mais dans la formation des enseignants, l’encadrement éducatif, le contenu des manuels scolaires et surtout dans la volonté politique d’accompagner les jeunes femmes dans des choix d’orientations professionnelles dont elles ont tendance à s’auto-exclure.
CONSERVATISME LIBÉRAL
Au-delà de la valeur émancipatrice de la mixité, l’apprentissage du vivre-ensemble commence dès l’école. C’est aussi à ce titre que la mixité est un principe à préserver. Cette remise en cause est une disposition sortie de nulle part et que personne n’a le courage de revendiquer. Rien ne permet d’expliquer la présence de cette mesure alors que tous les protagonistes du débat parlementaire souhaitaient la voir disparaître. Son adoption ne constitue pas un faux pas ou un cafouillage. Au contraire, cette attaque contre la mixité semble issue d’une volonté déterminée, mais non avouée. Elle s’inscrit dans le conservatisme libéral qui caractérise la pensée de M. Sarkozy.
Après avoir affirmé la supériorité du curé sur l’instituteur dans la transmission des valeurs ; après avoir voulu imposer les statistiques ethniques, instrument fort utile pour gommer la question sociale et renvoyer les causes de la délinquance à l’origine ; en donnant maintenant la possibilité de déroger au principe de mixité dans l’éducation, on s’en prend une fois de plus à notre modèle laïque et républicain.
Avec tant d’autres Européens fervents, j’ai combattu les dérives libérales et parfois conservatrices de l’Europe ; là, je ne laisserai pas dire que c’est la faute à Bruxelles ! Laïcité, égalité, mixité… ce continuum, socle de notre modèle républicain ne cesse de subir des attaques comme si, à la tête de l’Etat, on était en train de mettre en place les éléments d’une reconfessionnalisation de la société française.
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Article paru dans l’édition du Monde du 23.04.08

Tribune parue dans le Monde

mardi 5 février 2008

Point de vue
Nicolas Sarkozy contre l’espérance républicaine, par Bariza Khiari et Jean-Pierre Michel
LE MONDE | 28.01.08 | 13h59 • Mis à jour le 28.01.08 | 13h59

Comme il l’avait fait avec les imams lors des émeutes dans les banlieues en 2005, Nicolas Sarkozy prône la présence des religions dans le champ politique pour pacifier les tensions sociales aggravées par sa politique. Après avoir tenté d’ethniciser la question sociale, il essaie aujourd’hui de la confessionnaliser. En survalorisant l’appartenance religieuse par rapport à l’appartenance à la nation républicaine, il contribue un peu plus chaque jour à communautariser notre société. En hiérarchisant les monothéismes, il instille un ferment de division supplémentaire, comme il l’a déjà fait entre Français et immigrés, ou entre salariés du public et du privé.

En déclarant que, dans l’apprentissage des valeurs, « jamais l’instituteur ne pourra remplacer le pasteur ou le curé » et que la morale laïque « risque toujours de s’épuiser », le chef de l’Etat tente de discréditer la laïcité et l’école républicaine, son lieu d’expression historique. Cela revient à affirmer la supériorité de la foi sur la raison. Cette dérive doit être refusée catégoriquement. Foi et raison relèvent de deux domaines distincts. C’est cela l’intuition fondamentale de la laïcité. Les valeurs républicaines transmises par l’instituteur sont la condition du vivre ensemble. Héritée des Lumières, la morale laïque est une étape essentielle dans la construction d’un individu autonome et d’un citoyen libre et éclairé.
Voilà pourquoi le principe de laïcité et la loi de 1905 ne peuvent donner lieu à aucun compromis. La laïcité n’est pas amendable, elle n’a pas à être « ouverte » ou « positive ». Les jeux rhétoriques autour du terme de laïcité masquent mal la volonté du président de restaurer une certaine confusion entre Etat et religion.
Les valeurs républicaines restent le remède aux tensions que nous connaissons actuellement. Seul le respect de la loi de 1905 peut constituer une garantie face au mouvement d’atomisation de la société. La laïcité n’est pas une contrainte, mais un instrument essentiel d’émancipation et de libération. Pour justifier ses attaques contre la loi de 1905, Nicolas Sarkozy prend notamment pour prétexte la nécessité de donner aux musulmans de France la possibilité d’exercer dignement leur culte. Quel paradoxe, si l’on se souvient des « moutons égorgés dans la baignoire » et de ses autres dérapages !
Puisque cette question de l’islam est posée, nous devons y répondre avec clarté. Non, il n’y a pas plus ni moins d’incompatibilité entre l’islam et la République laïque qu’entre les autres religions et la République ! Il n’y a pas d’incompatibilité dès lors que la République installe un cadre rigoureux, dès lors qu’elle ne transige pas sur ses principes fondateurs. La loi sur les signes religieux à l’école en constitue le meilleur exemple.
RÉVISION DANGEREUSE ET INUTILE
Les conditions dans lesquelles les musulmans de France peuvent pratiquer leur culte sont trop souvent indignes et doivent indéniablement être améliorées. Mais cet effort ne nécessite pas une révision des principes de 1905, qui serait dangereuse et inutile.
Dangereuse, puisqu’elle signifierait une porte ouverte à divers mouvements obscurantistes ou sectaires. Inutile dans la mesure où la puissance publique dispose d’ores et déjà des moyens politiques et juridiques nécessaires pour donner aux musulmans les mêmes droits qu’aux autres croyants. S’il est souvent difficile de construire une mosquée, ce n’est pas parce que le cadre juridique serait trop restrictif, mais par défaut de volonté politique. Ce sont d’ailleurs souvent les élus de droite qui refusent d’accorder les permis de construire pour les mosquées.
La diversité et l’acceptation de l’islam sont le test de crédibilité de notre République laïque, qui doit pouvoir concilier les termes du triptyque République, laïcité, égalité. La République n’est pas seulement une forme de régime politique. Elle est un ensemble de principes, de valeurs. Elle est surtout un projet. Affirmer que la République a besoin de croyants convaincus, c’est nier la valeur de ce projet.
La République n’a pas besoin de croyants pour exister, elle a besoin de citoyens égaux qui bâtissent ensemble leur avenir. L’espérance n’appartient pas aux seules religions. La République elle-même est la plus grande de nos espérances : espérance dans nos valeurs et notre projet commun, espérance dans la justice sociale, espérance dans un monde meilleur, ici et maintenant.
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Bariza Khiari, sénatrice de Paris, membre du bureau national du Parti socialiste
Jean-Pierre Michel, Sénateur (PS) de la Haute-Saône

Article paru dans l’édition du 29.01.08

lundi 4 février 2008

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Audition par la commission des finances de M. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, et M. Michel Prada, président de l’AMF, sur la crise bancaire et financière

vendredi 1 février 2008

Pour visionner l’audition:
http://www.senat.fr/evenement/crise_bancaire.index.html

Elections municipales: investiture dans le 16eme arrondissement

mercredi 10 octobre 2007

Cher-es camarades,

Lors de notre réunion consacrée à la présentation des candidats pour l’investiture aux élections municipales dans notre arrondissement, j’ai apprécié la qualité des échanges entre nos deux candidats et la section.

La candidature d’Hakim Chalane est mue par une ambition légitime : l’aspiration à une  participation active à la gestion de la cité.  Jean-Yves Mano se représente quant à lui au nom de cette même aspiration à laquelle s’ajoute l’expérience politique et l’expertise acquise.

Nos débats furent vifs et riches. Parmi nos échanges, un argument a suscité mon  incompréhension : au nom de la rénovation du PS, il faudrait, à l’occasion de ces élections locales, « sortir les sortants ».

A cet égard, l’équipe municipale parisienne, autour de Bertrand Delanoë, a su rénover en profondeur les pratiques politiques et rompre avec le système Chirac-Tiberi.  C’est pourquoi j’estime que l’argument de la rénovation est à manier avec précaution.

A Paris, la rénovation a été mise en « actes » dès notre victoire aux dernières élections municipales. Autour d’une équipe paritaire et plurielle, Bertrand Delanoë a su faire respecter nos engagements de campagne, notamment par :

·        la mise en place des commissions d’attribution des logements et des places en crèche.

·        Une politique des transports qui se révèle chaque jour à la mesure des défis environnementaux.

·        Une politique sociale qui correspond à notre idéal de solidarité.

·        Un programme ambitieux d’investissement sans augmentation de nos impôts locaux.

Nous avons prouvé aux parisiennes et aux parisiens qu’une gauche fidèle à ses valeurs sait aussi être gestionnaire et réformiste.

Au nom de cette rénovation en actes, je soutiens la candidature de Jean-Yves Mano. Jean-Yves a porté notre voix au conseil municipal, face à une droite particulièrement arrogante. Sa grande maîtrise des dossiers, et son expérience passée, lui ont permis de mettre la droite face à ses contradictions et ses revirements. J’en ai été souvent témoin.

Jean-Yves a développé une véritable ingénierie en matière de logement. En menant une politique de juste rééquilibrage entre les arrondissements, en luttant contre l’insalubrité, il a fait progresser dans le 16ème et dans Paris notre objectif d’une plus grande mixité sociale.

Enfin, je lui apporte mon soutien, car le contraire serait un désaveu retentissant de la politique du logement de
la Municipalité.

La réélection de Bertrand Delanoë et la victoire parisienne de la gauche se joueront dans chaque arrondissement, y compris dans ceux détenus actuellement par la droite. Chaque poste de conseiller de Paris compte. Jean-Yves Mano est le candidat le mieux placé pour nous permettre d’améliorer notre score.  Sa notoriété, bâtie au fil des ans et des combats menés, est un atout considérable pour maintenir le poste de conseiller de Paris et élargir notre présence au conseil d’arrondissement.

Je suis persuadée que Jean-Yves  saura concilier dans l’élaboration de notre liste pour le 16ème des impératifs géographiques, des profils professionnels diversifiés, un mixage intergénérationnel et la parité qui est une exigence démocratique.

Je tenais à t’informer que je ne souhaitais pas figurer, du moins en position éligible, sur la liste aux élections municipales. Le non-cumul des mandats est à mes yeux un outil puissant d’efficacité et de renouvellement du personnel politique. Je serais toutefois honorée de clore la liste du 16ème arrondissement.

C’est au nom de la rénovation en marche à Paris et de l’efficacité politique, mes cher-es camarades, que je vous demande de soutenir la candidature de Jean-Yves Mano.

Projet de loi Hortefeux

mercredi 3 octobre 2007

Intervention de Bariza KHIARI sur le projet de loi relatif à l’immigration, l’asile et l’intégration

séance du mardi 2 octobre 2007

Monsieur le Ministre, Monsieur le Président, Monsieur le Rapporteur, chers collègues,

Pour la quatrième fois en 5 ans, le gouvernement demande au Parlement de légiférer sur l’immigration et l’asile. L’examen de ce texte vous semblait suffisamment urgent pour justifier la convocation d’une session extraordinaire et déclarer l’urgence. En réalité, ce gouvernement entend une nouvelle fois, dans la précipitation, limiter l’exercice des libertés fondamentales que sont le regroupement familial et l’asile, sans laisser au Parlement et à ses commissions permanentes le temps nécessaire à une information exhaustive et éclairée.

  (suite…)

Conseil National du 23 juin 2007

lundi 25 juin 2007

Intervention de Bariza KHIARI

Cher-e-s camarades,

Pour la première fois de notre histoire électorale, la représentation de la diversité est devenue un argument politique majeur de part et d’autre. Cette nouveauté tire son origine de deux moments : le 21 avril 2002  et les émeutes des banlieues de novembre 2005.

Le défi posé par la diversité n’est pas tant l’intégration culturelle que l’exclusion sociale et politique. La diversité est aujourd’hui au cœur de la nouvelle question sociale.

(suite…)

Réunion publique autour de Claire LE FLECHER

mardi 5 juin 2007

mardi 5 juin 2007, à 20h, je serai au côté de Claire Le Flecher, jeune femme candidate dans la 4ème circoncscription de l’Aisne.

Retrouvez-vous à CHAUNY, salle Bettine TERNYNCK.