Archive pour la catégorie ‘Lutter contre les discriminations’

diversité et enseignement supérieur

lundi 9 mars 2009

La diversité dans l’enseignement supérieur
Lundi 9 mars 2009
colloque Salle Clemenceau – Sénat

Discours inaugural de Bariza KHIARI

Monsieur le Commissaire Yazid Sabeg, Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie d’être venu aussi nombreux à cette journée de réflexion consacrée à la diversité dans l’enseignement supérieur. Je remercie Yazid Sabeg, qui a été nommé Commissaire à la diversité et à l’égalité des chances, d’avoir bien voulu ouvrir à mes côtés cette journée de réflexion.
Je remercie également les enseignants du supérieur ici présent de consacrer leur temps à ce thème alors qu’un combat important les mobilise par ailleurs.

Ce colloque est le deuxième volet d’une série de 4 consacré à la diversité : il y a quelques mois, j’accueillais ici-même une journée portant sur la diversité et la performance des entreprises et ce qui s’y est dit n’est pas sans lien avec les aspects qui seront sans doute évoqués aujourd’hui. Les deux prochains volets seront consacrés à la diversité en politique et dans les collectivités.

La quantité impressionnante de colloque portant sur la diversité et l’existence d’un commissaire à la diversité, nous feraient presque oublier que ce terme est d’usage relativement récent en France. Il y a encore peu de temps, on parlait plus volontiers
– d’intégration pour les populations d’origine étrangère,
– d’adaptation pour les personnes souffrant d’un handicap, ou les personnes âgées
– de parité pour les femmes.

Les esprits chagrins se plairont à souligner les limites, les insuffisances, et les contradictions que porte cette notion : il est vrai que
– Parler de diversité dans la République Une et Indivisible ne va pas sans poser de problèmes théoriques ;
– Parler de diversité revient à mettre sur le même plan des situations de discriminations et d’inégalité qui ne se ressemblent pas en apparence
– Enfin, parler de « diversité » n’épuise pas la question de l’inégalité

Cet assemblage de discriminations hétéroclites a ses défauts, mais il porte un sens primordial à mes yeux.
Il sous-tend que, quelque soit la situation de départ, ce sont les mêmes processus, mécanismes, logiques, les mêmes forces qui, en dernier ressort, sont à l’œuvre dans le phénomène d’exclusion, de relégation ou de plafond de verre. La notion de diversité à surtout l’incroyable mérite de ne pas opposer, de ne pas différencier, de ne pas hiérarchiser les discriminations, et de présenter la différence, quelle qu’elle soit, non plus comme un handicap, mais comme un atout, une richesse.

Il a fallu plusieurs années de combat politique pour imposer le terme de « diversité » dans l’agenda politique. Autrefois, pour les populations d’origine étrangère comme je l’ai précisé c’était le mot « intégration » qui était d’usage. Ce mot avait, dans l’usage qui était fait, quelque chose d’infâmant car il supposait que les personnes visées étaient inégaux par rapport aux autres et qu’il relevait de leur responsabilité de prouver, plus que d’autres, qu’ils méritaient leur place dans la société. C’était ramener sur eux seul le possible échec de leur insertion dans la société.

Nous sommes en train d’assister à une forme de révolution copernicienne où la suspicion porterait moins sur les individus qui seraient, de nature, plus difficiles à intégrer que d’autre, mais sur le système, qui serait, dans son fonctionnement même, discriminant. On renvoie la société à sa propre responsabilité dans le processus de mise à mal du lien social par la marginalisation de certains individus.
Dès lors, parler de diversité vise à répondre de façon positive, et audacieuse au défi républicain qu’est la promesse d’égalité.

A ce titre, l’accès au savoir est la pierre de touche d’une République qui se veut méritocratique. Or, le constat est sans appel : la démocratisation de masse a joué à plein dans l’enseignement secondaire dans les années 80 et 90, en partie dans le supérieur, mais semble s’être arrêté à la porte des Grandes Ecoles. Je laisse les spécialistes répondre à la question « est-il plus difficile aujourd’hui pour un enfant issu d’un milieu modeste ou défavorisé d’accéder à une Grande Ecole ?». Je me contenterai de constater que ces filières d’excellence participent davantage la reproduction sociale qu’à la formation des élites. J’entends par là qu’avant même d’intégrer une grande école, les postulants sont déjà, dans leur grande majorité, issus de l’élite.

Certes, les Grandes Ecoles n’ont pas le monopole de la formation de élites, mais ces écoles, ainsi que les classes préparatoires qui y mènent, jouent un rôle majeur dans ce processus. Souvent décriés, certaines filières sélectives, comme Sciences-Po ont modifiés leur mode de recrutement. Pourquoi ce revirement ? Il en allait bien sûr de leur crédibilité à l’heure de la mondialisation, et de leur légitimité. Mais je crois également que ces filières ont pris conscience que l’endogamie était mortifère et que la diversité représentait un atout. Mais ces initiatives isolées ne sont pas à la hauteur de l’urgence sociale.

Fort de ces constats, quelles solutions le politique, et, pour ma part, le législateur peut-il proposer pour réduire cette inégalité dans l’accès à l’enseignement supérieur ? Le salut passe-t-il nécessaire pour la légalisation de statistiques dites ethniques, et, à terme, des quotas ?

Pour ma part, je suis aujourd’hui résolument hostile à la mise en place de statistiques de ce genre. J’entends bien les arguments de Monsieur Yazid Sabeg et de ses partisans : pour mesurer les effets d’une politique, il convient de les évaluer à l’aune de chiffres objectifs.

Cette position se conçoit et peut sembler opératoire, à défaut d’être légitime aux yeux de la républicaine que je suis. Il n’en demeure pas moins que c’est le critère même d’évaluation objective que je remets en question ici. Il n’y a rien de plus subjectif que l’identité, véritable construction personnelle et individuelle. Celle-ci dépend de plusieurs critères et points de vue : il y a d’une part le propre regard de l’individu sur lui-même mais aussi le regard de l’autre, de la société. On peut se percevoir comme semblable aux autres tandis que ceux-ci vous renvoient à une différence pour eux essentielle. Si l’on se sent français, bien que noir de peau, ou arabe de nom que doit-on répondre à la catégorie ethnie ? Qu’est ce qui va déterminer l’objectivité de la réponse ? La sincérité du répondant qui peut réellement se percevoir comme semblable ou bien le regard du sondeur qui peut lui aussi agir selon des catégories bien spécifiques, selon sa propre histoire. Un Antillais est français depuis plus longtemps qu’un Niçois, le renverra-t-on à sa couleur de peau alors qu’il se sent français et l’est ?

Face à ce type de problèmes méthodologiques, certains préconisent l’application d’une méthode fondée sur l’autodéclaration.
Mais même dans un cadre méthodologique fondé sur l’autodéclaration, les données mesurées ne sauraient être opératoires. Certains se déclareront Arabe, tandis que d’autres mettront en avant leur appartenance Kabyles, Berbère, religieuse, ou nationales. Faudra-t-il autant de variables que de réponses données ?
Par ailleurs, l’autodéclaratif réserve parfois d’énormes surprises : au Chili, sur la base de l’autodéclaration, les autorités ont découvertes, stupéfaites, que 30% des chiliens se disaient appartenir à la tribu des Mapuches, indiens pourtant décimés à la fin du 19ème siècle : l’autodéclaratif peut ainsi contribuer à forger des identités artificielles.

Allons plus loin, que fait-on des populations noires ? Créera-t-on des sous catégories par nationalités ? par ethnies ? par taux de mélanine ? Au Brésil, qui fait également appel à l’autodéclaration, on constate qu’une grande proportion des noirs se déclare métis, ce qui leur semble socialement plus valorisant.

La question n’est pas seulement de savoir si il est possible de mesurer la diversité : la question est tout autant de savoir si, à partir de ses mesures, il est possible d’impulser des politiques publiques efficaces. Faut-il, une fois qu’on aura par exemple mesuré qu’il y a 10% de français qui se disent discriminés car noir de peaux, faudra-t-il leur réserver 10% des places en filières sélectives, 10% des places en position éligible sur les listes électorales ; et de même pour les arabes, kabyles, berbères, musulmans, etc.
Est-ce vraiment la société que nous voulons ?

C’est pourquoi je suis résolument hostile à la mise en place de ce type de statistiques. Il se peut que je change d’avis sur la question : pour l’heure, je persiste à croire que nous devons nous engager dans une politique volontariste de combat contre les inégalités en fidélité avec nos principes républicains, j’affirme que nous ne sommes qu’en l’an I, voire II de la lutte contre les discriminations. Et, qu’en l’état, il n’est pas utile de compter les minorités pour faire progresser la lutte contre les inégalités et les discriminations.

Alors, comment ?
Pour répondre en partie à cette question, j’aimerais brièvement évoquer une proposition de loi que j’ai porté récemment au Sénat, et qui a été adoptée à la quasi-unanimité.
Vous savez sans doute que, jusqu’à une date récente, 1995, il fallait être français pour travailler statutairement dans la fonction publique. Le seul et unique corps de la fonction publique accessible statutairement aux étrangers est celui des enseignants-chercheurs, depuis un décret de 1983. Du point de vue de l’origine, il s’agit par conséquent du corps le plus égalitaire, dans son recrutement. Depuis, la dynamique européenne a en parti assoupli cette obligation pour de nombreux corps non régaliens de la fonction publique.
Mais saviez-vous que, hors de la fonction publique, près de 600 000 emplois en France obéissent à des conditions de nationalité. Il être français et maintenant ressortissant communautaire pour être médecin, dentiste, vétérinaire, sage-femme, avocats, géomètre, expert-comptable, architecte, pharmacien, et même guide touristique ? Saviez-vous que si un candidat à ses carrières, de nationalité non communautaire, fait toutes ses études de médecine en France, il doit, pour pouvoir exercer, demander et obtenir l’autorisation du ministre ? Je ne parle pas ici des étudiants ayant obtenu un diplôme étranger, mais bien des étrangers ayant fait l’intégralité de leur parcours universitaire en France : Cette situation, qui privilégie la nationalité de l’individu au détriment de la nationalité du diplôme constitue une entorse particulièrement préoccupante au principe méritocratique.
On peut aisément concevoir qu’un lycéen de nationalité étrangère mais qui a vocation à devenir français ( la nationalité n’est que très rarement accordée aux étudiants…) et désireux de devenir vétérinaire, médecin, ou architecte puisse changer d’avis en lisant les conditions de nationalité nécessaire pour l’exercice de ces professions socialement valorisées.

Ces dispositions ont été prises progressivement à partir de la fin du 19ème siècle et se sont étoffées dans les années 30 et sous Vichy. C’est au Sénat qu’un parlementaire a demandé, en séance publique, que les enfants et les petits enfants de français naturalisés ne puissent exercer la médecine au nom de la sûreté nationale.
Il s’agit donc de règlementations historiquement connotés, tout à fait obsolètes à l’heure de la mondialisation, et, évidemment moralement condamnables.
C’est pourquoi j’ai déposé au nom du groupe socialiste une proposition de loi visant à supprimer la condition de nationalité pour certaines professions libérales et privées. Cette proposition de loi a été adoptée le 11 février 2009, il faut à présent que l’Assemblée Nationale la dépose et la vote pour que ces dispositions honteuses soient enfin levées. Mais nous devons aller bien au-delà.

Le Président de la République, dans son discours du 17 décembre à l’école polytechnique a voulu répondre à ces questions d’inégalité d’accès à l’éducation. J’en suis d’autant plus ravi qu’il a pris une partie des propositions que j’avais portées et parfois même fait voter. Concernant l’enseignement supérieur, la mesure phare des annonces présidentielles concerne la nécessité que les Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles comptent en leur rang 30% de boursiers à la rentrée 2010. Il s’agit d’une mesure extrêmement intéressante visant à accroître la diversité sociale des élites.
Qu’en est-il aujourd’hui : le prestigieux lycée Saint-Louis de Paris accueille 22% de boursiers grâce à une démarche volontariste et un partenariat avec 6 lycées de ZEP ; Louis Le Grand, toutes bourses confondues, a environs 15% de boursier dont 10% de bourses CROUS ; Janson de Sailly dans le 16ème arrondissement de Paris, arrondissement cossu, compte 27% de boursier en hypokhâgne pour une moyenne de 12% toutes prépas confondues. Pierre de Fermat à Toulouse compte pour l’année en cours 27% d’élèves boursiers dans ses classes préparatoires, sans pour autant avoir mené une politique spécifique en ce sens. Quand on y regarde de plus près – et je remercie ces établissements de m’avoir communiqué ces chiffres – on constate par exemple à Fermat, à Toulouse, qu’il y a près de 40% d’élèves boursiers en hypokhâgne contre 17 dans les prépas commerciales : le coût des études dans les écoles de commerce ne doit pas être anodins dans cette dissymétrie. On peut, on doit certes améliorer la diversité dans les classes prépas, et la variable « bourse » est à cet égard assez opérationnelle, mais cela ne constitue pas une mesure suffisante. En effet, les inégalités en France ne sont pas que sociales, elles sont avant tout socio-spatiales. Les inégalités se cumulent. C’est le phénomène des ghettoïsation de l’espace avec le double mouvement de gentryfication des centres-villes et de paupérisation des périphéries.
Il convient de renforcer la présence des passerelles de réussite dans les territoires périphériques comme les banlieues ou les zones à dominante rurale. C’est pourquoi les partenariats avec les établissements de ces territoires, à l’image des « conventions d’éducation prioritaire » de Sciences Po me semblent une voie à approfondir car elles engendrent des « externalités positives » pour l’ensemble de la communauté scolaires, élèves et enseignants. Elle permet à tous les élèves d’être informés, aux meilleurs d’être stimulés, et à la communauté éducative d’être mobilisée. Elle permet aussi de neutraliser les phénomènes d’éviction des meilleurs élèves dont souffrent les ZEP.

La politique que j’appelle de mes vœux n’est pas celle qui se contente de tendre le main à quelques « happy few », mais celle qui permet l’élévation générale du niveau d’éducation de notre jeunesse. Un peu moins de 40 000 élèves entrent en première année de classe préparatoire : une politique axée uniquement sur les boursiers en classes prépa ne toucherait donc que 3% des bacheliers. En revanche, si en parallèle on développe des prépas dans les périphéries, dotés d’internat, si on poursuit dans la voie des conventions, on toucherait là la majorité des jeunes, et non plus une poignée.

Nous sommes là au coeur de la question. Comment favoriser la visibilité de la diversité au sein de l’enseignement supérieur, et pas seulement dans les classes prépas et les Grandes Ecoles ? Comment éviter que ces castes que décrivait avec beaucoup de talent Bourdieu ne préemptent toutes les places dans le monde du supérieur, laissant aux autres de simples miettes ? Il s’agit là d’un enjeu majeur en ce qu’il interpelle notre modèle républicain méritocratique. L’image de notre République est celle d’un homme qui peut par son mérite personnel gravir les échelons de la société dépasse sa condition première issue de sa naissance. C’est sur cette image que se sont bâties nos représentations. Nous avons tout en tête ces modèles très 3ème République. Or voilà qu’à ce principe se substitue un autre qui se marque par l’affirmation d’une nouvelle forme d’aristocratie, se reproduisant entre elle. Cela n’est pas acceptable.
Améliorer l’information, l’orientation, l’encadrement au sein du premier cycle universitaire, répondre à la question du logement étudiant, mais aussi du travail étudiant sont des chantiers encore plus importants que l’accès aux classes préparatoires et aux Grandes Ecoles.

Si l’on ferme la porte, en cumulant les obstacles, à ceux qui ne font pas partie du groupe dirigeant, on se condamne d’une part à créer une intense frustration au sein de la société puisque les laissés-pour-compte ne pourront que contester parfois violemment un système qui ne veut pas d’eux. D’autre part, on prend le risque de scléroser aussi bien nos institutions que la société elle-même puisque les personnes appelées à exercer des responsabilités sortiront d’un même moule auquel elles auront été préparées dès leur enfance par l’apprentissage de codes spécifiques.

La problématique de la diversité au sein de l’enseignement supérieur est essentielle. De cet enseignement sortent les cadres et futurs dirigeants de notre pays, pour qu’ils soient à son image, divers et ouverts, il faut que les populations qui y entrent soient elles aussi diverses. Il s’agit d’une exigence vis-à-vis de nos institutions et de nos principes. La république a tout à gagner à faciliter l’expression de la diversité en son sein parce que cette dernière est gage de richesse. Cet objectif ambitieux, nous ne l’atteindrons pas en comptant les minorités, en hiérarchisant les discriminations, mais en luttant contre les mécanismes en œuvre dans les processus discriminatoires, c’est-à-dire bien en amont. Avant d’arriver dans le supérieur, il y a le lycée, le collège, l’école, la maternelle. C’est à chaque échelon que le Politique doit intervenir pour compenser l’inégalité des conditions et rétablir celles de l’égalité des chances.
Je vous remercie.

Intervention au Forum de la rénovation du dimanche 20 janvier 2008

dimanche 20 janvier 2008

Chers camarades,

Les allers-retours entre libertés individuelles, droits et espaces collectifs ont été au cœur de nos débats au sein de la commission. La laïcité est au cœur de cette problématique, pourquoi ? Parce que c’est un principe émancipateur, essentiel à l’exercice des libertés individuelles. Parce que c’est un principe unificateur, essentiel à l’existence d’un espace collectif harmonieux.

Nous avons eu raison d’en parler au moment ou Nicolas Sarkozy nous lance un défi. Ce défi consiste en une remise en cause grave et sans précédent du principe de laïcité. Je ne reviendrai pas sur la hiérarchisation qu’il fait entre les monothéismes, Benoît Hamon a évoqué ce sujet. Dans ce domaine, il exclut et divise comme il a l’habitude de le faire et, aujourd’hui c’est entre les chrétiens, les musulmans et les juifs.
Après avoir tenté d’ethniciser la question sociale, Nicolas Sarkozy essaie aujourd’hui de la confessionnaliser. Ce n’est pas nouveau, durant les émeutes de 2005, il avait tenté d’en appeler aux imams pour apaiser les tensions sociales

Ce qui caractérise Nicolas Sarkozy, c’est : Cela ne se dit pas, alors je vais le dire, cela ne ce fait pas, alors je vais le faire. Sauf qu’au Latran, il a franchi une ligne rouge en affirmant que dans l’apprentissage des valeurs, « jamais l’instituteur ne pourra remplacer le pasteur ou le curé…parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance». Cette transgression est une régression.

Par ces mots, il porte une atteinte sans précédent à la laïcité dont l’école républicaine est le lieu d’expression historique. Il laisse entendre que l’école laïque qui m’a permis, comme à beaucoup d’autres, d’enrichir et de dépasser une identité héritée, notre école aurait formé pendant des générations des individus sans vertu, incapable de distinguer le bien du mal. Pour nous, socialistes, la morale laïque est essentielle dans la construction d’un citoyen éclairé et autonome.

A tous ceux qui désespèrent de la baisse de leur pouvoir d’achat, du chômage, de l’absence de logement et qui ne demandent que le « pouvoir vivre », il leur propose un discours sur la transcendance et l’espérance.

En fait, Nicolas Sarkozy a pour projet de substituer à notre République laïque une « politique de civilisation » faites : de lois liberticides, de statistiques ethniques, de fichage génétique et de précarisation de notre modèle social. C’est l’avant-poste en Europe des néo-conservateurs américains.

A dessein, il mélange : spiritualité et religion. Si à titre personnel, je pense que le besoin de spiritualité est inhérent à la nature humaine, je pense aussi que ce besoin de spiritualité ne passe pas forcément par les religions. Il y a bel et bien un humanisme laïc.

La grande question selon Nicolas Sarkozy serait, parait-il, de tenir compte des musulmans de France. Après avoir parlé de « karcher », « de racaille », « de moutons égorgés dans la baignoire »….. il s’inquièterait des musulmans de France !!!

Je ne sais pas ce que vous en pensez mais moi, mes camarades, quand la droite a ce type d’inquiétude, je commence à me méfier. Finalement, est-ce que les musulmans de France ne seraient pas pour Nicolas Sarkozy le paravent qui cache la fin du principe de laïcité et ainsi, la porte ouverte à divers mouvements sectaires ? On peut quand même s’interroger…

Puisque certains posent avec insistance la question de l’Islam et de sa fongibilité avec la République : nous devons y répondre avec clarté. Je remercie la commission d’avoir débattu de cette question. C’est extrêmement important.

Non, il n’y a pas plus, ni moins d’incompatibilité entre l’Islam et la République laïque qu’entre les autres religions et la République ! S’il y avait eu compatibilité entre le catholicisme et la République, il n’y aurait pas eu de loi de séparation. Il n’y a pas d’incompatibilité dès lors que la République installe un cadre rigoureux, dès lors qu’elle ne transige pas sur ses principes fondateurs. La loi sur les signes religieux à l’école en est le meilleur exemple. Aujourd’hui, no problème…

La rareté de lieux de culte pour les musulmans pose des problèmes à ceux qui souhaitent pratiquer dignement leur foi. Nous n’allons pas le nier mais, le principe de laïcité n’est pas un obstacle à la création de nouveaux lieux de culte.

Je vais évoqué Paris puisque c’est ce que je connais le mieux. La politique menée, en la matière, par Bertrand Delanoë est exemplaire, puisqu’elle concilie les impératifs de laïcité et de diversité dans le strict respect de la loi de 1905.
– En accordant les permis de construire refusés par la droite et Mme de Panafieu ne manque pas d’air en proposant la construction d’une grande mosquée à Paris après le refus constant de délivrer des permis de construire par son camp politique.
– En mettant à disposition des salles pour les fêtes canoniques, en créant un Institut de culture de l’Islam la municipalité marque son intérêt et son respect pour la culture de l’ensemble des parisiens sans distinction.
Cette politique s’est caractérisée par un dialogue constant avec les populations et par des gestes nombreux qui incluent les musulmans dans l’histoire et la mémoire de Paris. Ce qui est très important, c’est de marquer du respect. Cela prouve que le plus souvent les obstacles mis à l’édification d’un lieu de culte sont plus de nature politique que juridique.

Mes camarades,

La diversité et l’acceptation de l’Islam sont le test de crédibilité de notre République laïque. Nous devons être capables de lutter contre l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques sans stigmatiser les musulmans, et donner à chacun les moyens d’exercer dignement sa pratique religieuse sans transiger sur la laïcité. La ligne de conduite qui doit être la nôtre est aussi simple sur le plan théorique qu’elle est exigeante dans la pratique Je voudrais citer cette belle formule de Ghaleb Bencheikh que la commission a auditionné : « Il faut que la loi puisse préserver la foi aussi longtemps que la foi ne prétend pas dire la loi ». Mes camarades, les musulmans de France ont surtout besoin d’être considérés comme citoyens à part entière, et non comme des citoyens à part.

Nous avons également réaffirmé dans notre commission le fait que la République n’est pas seulement une forme de régime politique. Elle est un corpus de principes, de valeurs. Elle est surtout un projet. Affirmer que la République a besoin de croyants convaincus, c’est nier la valeur de ce projet. Notre République laïque a besoin de citoyens égaux qui bâtissent ensemble leur avenir. L’espérance ne doit pas être laissée aux religions : c’est la négation même de tout projet politique. Notre plus grande espérance est dans le projet républicain, ici et maintenant.

Je vous remercie.

Talents des Cités

jeudi 18 octobre 2007

Cérémonie au Sénat le 20 octobre 2007

Remise du prix du Sénat par Bariza KHIARI

www.talentsdescites.com

Les Mariannes de la diversité

vendredi 5 octobre 2007

Comment les femmes et la diversité changent la politique?

Colloque du 6 octobre 2007 à L’Assemblée Nationale

www.lesmariannesdeladiversité.org

Non au Ministère de l’immigration et de l’identité nationale

lundi 26 mars 2007

Nicolas Sarkozy  est un dangereux récidiviste. Après ses éructations sur les « racaille », son dessein de nettoyer les quartiers populaires au « Kärcher », après ses insinuations nauséabondes sur la prétendue polygamie massive des populations issues de l’immigration africaine et sa vision fantasmatique des moutons sanguinolents égorgés dans les baignoires, voici venu le Ministère de l’Immigration et de l’identité nationale.

(suite…)

Contre l’ethnicisation de la question sociale

lundi 26 mars 2007

Cet article est paru dans la revue Regards sur l’Actualité de janvier 2007


La Marche pour l’Egalité de 1983, rebaptisée – au grand dam de ses participants – « Marche des Beurs »
[1] a finalement débouché sur une impasse politique : le combat anti-raciste des années 1980 n’a fait ni reculer l’extrême droite, ni même amélioré concrètement la situation de plusieurs générations issues de l’immigration. Le  fameux « Touche pas à mon pote » – que j’ai moi-même arboré – a permis aux pouvoirs publics de s’affranchir de leurs responsabilités,  tout en évinçant la problématique de l’égalité réelle. En attendant, des millions de personnes tentaient, en vain, non de s’intégrer, mais d’être reconnus en fonction de leurs seuls mérites et compétences.

Il a fallu bien des années de combat pour dissiper cet écran de fumée et replacer le débat sur le terrain de l’égalité républicaine. Il a fallu bien des années pour convaincre que le mal à combattre est moins le racisme et les racistes que des pratiques sociales courantes qui, répétées et accumulées, aboutissent à exclure du marché du travail, de l’accès au logement et aux loisirs, beaucoup de nos concitoyens, issus de l’immigration, ou de couleur.

Ce n’est qu’en 2003, au Congrès de Dijon, que le parti socialiste signait, unanime, une contribution où figurait dans le titre même l’impératif de « lutter contre les discriminations ».

 

(suite…)

L’ immigration et l’intégration en France – 100 ans d’histoire

lundi 12 février 2007

Une journée de débats au Sénat – Lundi 12 février 2007

Ouverture du Colloque par Bariza KHIARI

Mes chers collègues,Mesdames et Messieurs,Chers amis,  M. Christian PONCELET, Président du Sénat, retenu par des engagements pris de longue date, m’a chargé de vous accueillir, en son nom, et au nom de tous mes collègues, sénatrices et sénateurs, je suis honorée et heureuse de vous accueillir au Sénat, dans cette Maison de la République, qui est aussi la vôtre.  Mais ce ne sont pas que des mots car vous êtes, ici, chez vous. Les institutions de la République n’ont de valeur que parce qu’elles sont au service du peuple.  Parce qu’élue de la République et parce que femme issue de l’immigration, je suis particulièrement sensible aux enjeux que nous allons évoquer dans quelques instants. Je suis convaincue que notre République, pour être fidèle à ses valeurs, au premier rang desquelles figurent l’égalité des chances et son corollaire, le refus des discriminations, doit très vite donner confiance à tous ses enfants.  (suite…)

Combattre la légalisation des statistiques ethniques

lundi 8 janvier 2007

On assiste depuis quelques mois à une puissante offensive en faveur de la légalisation des statistiques ethnoraciales. Le 24 janvier 2007, je serai auditionnée par la CNIL sur cette question.

En attendant la mise en ligne du contenu de cette audition, je vous propose de prendre connaissance d’un débat paru dans le Nouvel Observateur du 19 octobre 2006 où je porte la contradiction à Patrick LOZES, Président du CRAN.

  (suite…)

Mosquées profanées, République bafouée – Communiqué de presse

mardi 26 septembre 2006

Bariza KHIARI, Sénatrice PS de Paris tient à manifester sa plus vive indignation après les profanations commises dans la nuit du 24 septembre contre les mosquées de Quimper et Carcassonne. Elle tient également à saluer l’appel au calme lancé par les dirigeants des associations qui gèrent les deux lieux de culte.

La cinquantaine de slogans racistes trouvés dans la mosquée de Carcassonne, ainsi que les six croix gammées et le début d’incendie volontaire qui ont frappé la mosquée de Quimper nous prouvent, s’il en était besoin, la persistance de l’intolérance dans notre pays. Les auteurs de ces dégradations ont sciemment choisi le premier jour de ramadan pour commettre ces actes odieux. Cela manifeste la volonté de leurs auteurs de troubler le déroulement pacifique des cérémonies qui entourent ce mois de jeûne et de convivialité.

Depuis son ouverture en 2003, c’est la troisième fois que le lieu de culte de Quimper est visé par des actes racistes, dans l’indifférence générale.

La profanation d’un lieu de culte, quel qu’il soit, est un acte odieux, et notre République ne saurait le tolérer. Ce climat malsain est attisé par l’instrumentalisation des thèmes de l’islamisation et de l’immigration à laquelle se livrent certains hommes politiques. Ces discours démagogiques, qui se nourrissent des peurs communautaires, ne pourront conduire qu’à la multiplication d’actes de ce type.

Contre l’histoire officielle – Libération du 27 juin 2005

lundi 27 juin 2005

Colonisation française : la loi, l’Histoire et la mémoire
Mise en ligne :27 juin 2005
par Bariza Khiari, Jean-Pierre Michel

Le Parlement a adopté le 23 février une loi portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ; cette loi stipule notamment dans son article 4 que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française d’outre-mer notamment en Afrique du Nord ».

Ce texte a provoqué un tollé légitime car une loi n’a pas vocation à trancher les rapports entre l’Histoire et la mémoire. Il constitue une provocation inacceptable et sans précédent à l’égard des faits, des victimes, mais aussi à l’égard des historiens et des chercheurs qui l’ont condamné. (suite…)