Conseil National du 23 juin 2007

Intervention de Bariza KHIARI

Cher-e-s camarades,

Pour la première fois de notre histoire électorale, la représentation de la diversité est devenue un argument politique majeur de part et d’autre. Cette nouveauté tire son origine de deux moments : le 21 avril 2002  et les émeutes des banlieues de novembre 2005.

Le défi posé par la diversité n’est pas tant l’intégration culturelle que l’exclusion sociale et politique. La diversité est aujourd’hui au cœur de la nouvelle question sociale.

Nicolas Sarkozy  a, pendant la campagne, soufflé le chaud et le froid. Le chaud en nommant Rachida Dati et Rama Yade en tant que porte-parole; le froid avec son Ministère de l’Identité Nationale. Cette combinaison lui a permis, entre autre, de réunir les trois droites : la droite extrême, la droite républicaine, et le centre droit.

Quand les quartiers populaires ont voté pour notre candidate le 6 mai, beaucoup ont alors cru que le PS était de retour chez lui, dans les quartiers populaires, dans les banlieues, dans les cités. Mais les résultats mitigés obtenus au premier tour des législatives dans ces quartiers nous montrent bien qu’il ne s’agissait pas d’un vote d’adhésion à notre candidate, mais bien d’un vote contre Sarkozy. On peut toujours inventer les « défaites victorieuses » le soir de l’élection pour masquer l’étendue de nos échecs. Mais si l’on veut refonder, il faudra avoir l’honnêteté de procéder à une juste interprétation de nos résultats. 

L’argument qui a permis un redressement spectaculaire du PS entre les deux tours est celui de
la TVA sociale, thème débusqué fort habilement par Laurent Fabius. Quand nous portons le combat sur les questions économiques et sociales, nous sommes entendus ! On peut dire qu’il y a une génération ou une promotion TVA à l’Assemblée Nationale. Merci Laurent.

Nous nous sommes certes redressés, mais nous avons perdu et les élections, et notre pari de la promotion de la diversité. Alors que dans plus de 20 circonscriptions le PS présentait des candidats, seule George Pau Langevin a été élue dans la 21ème circonscription de Paris.

Pourquoi cet échec ? Pas parce que nos candidats n’étaient pas bons, mais parce que la méthode  était mauvaise. Parce que la vision et le discours du PS sur la diversité ne sont  pas justes.

Si nous souhaitons reconquérir l’électorat populaire, nous devons rompre avec une vision misérabiliste des banlieues et avec un discours stigmatisant : Oui, il y a encore un imaginaire colonial puissant en France et quelques scories au PS, sinon :

  • Comment expliquer autrement la sanction si tardive à l’encontre de George Frêche ?
  •  Comment expliquer autrement notre « retard à l’allumage » sur le texte reconnaissant les « bienfaits » de la colonisation ?
  • Comment expliquer qu’un cadre du parti se sente autoriser à me qualifier de « gauche tajine » sans qu’il ne se passe rien ?

C’était aussi une faute politique lourde que de renvoyer – la veille du deuxième tour – les jeunes des quartiers populaires  à la violence, alors même qu’ils venaient de jouer tout leur rôle dans le processus démocratique. Cette vision se retrouve également dans la méthode qui a été retenue pour promouvoir la diversité en politique. Les candidats ont été désignés de façon discrétionnaire. On leur a interdit l’accès à la démocratie interne, minant de fait leur légitimité.  En privilégiant la cooptation, on a crée localement des tensions fortes entre les candidats et les militants de terrain. On s’est servi de cette question pour régler des querelles internes et également comme variable d’ajustement pour les accords avec nos partenaires. La bonne méthode c’est un véritable volontarisme politique. Oui, il faut des circonscriptions réservées « diversité » mais avec un vote militant dès lors qu’il y a plus d’un candidat dit « diversité », exactement comme pour la parité.

Il aurait fallu faire un véritable travail pédagogique en amont en direction des  échelons intermédiaires du Parti  pour éviter :

  • Des dissidences car …nous aurions pu faire l’économie de certaines d’entre elles.
  • Des motions de défiance de sections ou de fédérations, quand ce n’est pas  l’offre d’ un billet SNCF gratuit pour renvoyer les camarades chez eux, voire la tenu de propos inqualifiables ou trop bien qualifiables !!.
  • Ce n’est pas, mes camarades,  parce que l’on a une carte du PS qu’on dispose d’un viatique de non racisme. Il y a encore beaucoup de travail à faire chez nous.

Cette question renvoie plus généralement à la difficulté de notre organisation politique à faire émerger ses jeunes, ses femmes, ses couleurs. La place des femmes évolue doucement, mais favorablement grâce à la parité. Je me réjouis que la nouvelle génération soit mieux représentée à l’Assemblée Nationale.

L’effort doit à présent porter sur la diversité, mais sur de nouvelles bases ; sinon, on prend le risque d’une radicalisation dans les quartiers populaires, mais aussi parmi nos propres militants.

Ce diagnostic en forme d’avertissement doit nous servir pour la préparation des prochaines municipales.

Aux municipales de 2001, les quartiers populaires ont voté, parfois massivement, pour des listes citoyennes. Ce fait n’a jamais été analysé.

Pourtant, nous aurions pu en tirer de précieux enseignements. Toutes ces listes, bien qu’hétéroclites, ont en commun certaines caractéristiques :

         la défiance vis-à-vis des partis, considérés comme des « machines à récupérer » ;

          la revendication d’une meilleure représentation dans le jeu politique local ;

         le combat contre les discriminations et pour l’égalité réelle.

Surtout, ces listes doivent leur succès à leur ancrage local et au travail de leurs animateurs. Je pense évidemment au 12% de la liste des Motivés à Toulouse ; les Citoyens Unis à Chatenay Malabry ont obtenu 17% ; 13% pour Rebondir à Bondy, etc…

Que disaient ces candidats ? Que les bienfaits de la croissance n’étaient pas arrivés jusqu’à eux et que leur situation économique et sociale s’était dégradée. Après 5 ans de droite en plus,  cette critique est plus que jamais d’actualité.

La multiplication de ces listes est un électoral et politique est un véritable défi. En donnant à la diversité sa place légitime, nous ne céderons pas au communautarisme. Au contraire, nous mènerons le seul combat qui vaille : le combat pour l’égalité républicaine.

La diversité est encore trop souvent perçue comme un handicap dans nos propres rangs. Or, sociologiquement, la diversité, surreprésentée dans les classes populaires, devrait être un pilier stable de notre base électorale.  

Pour finir, je constate avec amertume que la lutte antiraciste des 20 dernières années, à laquelle j’ai participé, a abouti à une impasse politique avec l’arrivée de Jean-Marie Le Pen aux élections présidentielles de 2002. Ce combat aussi juste qu’il fût, s’est retourné au final contre les populations des quartiers populaires car il a occulté le combat pour l’égalité des droits, la revivification de la laïcité et la justice sociale. Notre refondation ne pourra pas, mes chers camarades, faire l’économie de cette analyse.

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