Non au Ministère de l’immigration et de l’identité nationale

Nicolas Sarkozy  est un dangereux récidiviste. Après ses éructations sur les « racaille », son dessein de nettoyer les quartiers populaires au « Kärcher », après ses insinuations nauséabondes sur la prétendue polygamie massive des populations issues de l’immigration africaine et sa vision fantasmatique des moutons sanguinolents égorgés dans les baignoires, voici venu le Ministère de l’Immigration et de l’identité nationale.

Manifestement, la campagne de Nicolas Sarkozy traverse un trou d’air. Le spectre de l’insécurité et l’épouvantail de l’immigration, qu’il ne cesse d’agiter depuis 2002, ont de toute évidence lassé les Français. Dans cette campagne, Nicolas Sarkozy peine à trouver des prises. En effet, les préoccupations des Français sont bien concrètes : le logement, l’emploi, le pouvoir d’achat. En cinq ans, le Ministre-candidat et sa majorité n’ont fait qu’aggraver la précarité des salariés. Sur ces questions, Nicolas Sarkozy n’apporte toujours pas de réponse, il se contente encore une fois de brandir la menace du choc des civilisations pour escamoter l’embarrassante question sociale. 

La proposition de Nicolas Sarkozy de créer un Ministère de l’immigration et de l’identité nationale m’inspire trois réflexions :

C’est d’abord un aveu d’échec cinglant du Ministre de l’Intérieur. Il modifierait là pour la troisième fois la législation concernant les étrangers. Ses deux précédentes réformes n’étaient-elles que poudre aux yeux ?  

C’est aussi une nouvelle provocation électoraliste. Après l’ « immigration choisie », Nicolas Sarkozy tente une fois de plus de cristalliser le débat politique sur la question de l’immigration. Cette manœuvre est grossière, c’est la stratégie employée par le Front National depuis 30 ans.  Depuis 2002, le Ministre de l’intérieur ne cesse de vouloir accréditer l’idée que
la France est un pays d’immigration massive et que ses frontières seraient ouvertes à tous les vents. Rien de plus faux ! L’immigration de travail est extrêmement faible, le regroupement familial a été rendu de plus en plus difficile.

Plus grave encore, tout porte à croire qu’il s’agit d’une proposition sérieuse. Se réclamant du bon sens, Nicolas Sarkozy avait déjà proposé « la nomination d’un ministre chargé de l’immigration, qui sera à la tête de toutes les administrations responsables de ce dossier »[1].La terminologie employée par Nicolas Sarkozy assimile explicitement l’immigration à une menace pour l’identité nationale.

Quelles seraient les implications concrètes et les significations symboliques d’un tel ministère ?

Le regroupement des différents services chargés des immigrés est-il une bonne idée ? Aujourd’hui, l’immigration est une compétence repartie entre le ministère de l’intérieur (pour les régularisations), le ministère des affaires étrangères (obtention de visa, et différents actes d’état civil), le ministère des affaires sociales (notamment pour les naturalisations). La réunification de ces administrations, aux traditions bien distinctes, se heurterait tout d’abord à un problème d’organisation que la sociologie des administrations connaît bien. Cet aspect seul condamne l’efficacité d’une pareille réforme, du moins à moyen terme.

Plus grave, une administration unique reviendrait à renvoyer ad vitam l’immigré à ses origines. Par exemple, quiconque né à l’étranger, qu’il soit français ou né étranger, doit s’adresser au ministère des affaires étrangères pour obtenir copie de son état civil. Cette réforme impliquerait donc qu’un étranger, devenu français, soit toute sa vie obligé de s’adresser au Ministère de l’immigration et de l’identité nationale pour les obtenir. Cette démarche le renverrait automatiquement à son ancien statut d’étranger, et représenterait symboliquement une opération de « dénaturalisation», une suspicion permanente quant à son attachement àla France. Il serait en fait impossible pour un étranger de se sentir appartenir pleinement à la communauté nationale. 

Cette proposition revient aussi à confier à une administration la définition normative de l’identité française. Le « bon français » serait-il dès lors défini par la loi, voire par une circulaire ministérielle ? En souhaitant ainsi figer les valeurs de notre pays, en sous-entendant que l’immigration les mettrait en danger, Nicolas Sarkozy va à l’encontre de nos traditions républicaines et de la conception française de la nation. 

Les autres propositions formulées par Nicolas Sarkozy sur l’immigration vont-elles aussi dans le sens d’une diabolisation des étrangers. Il propose par exemple de durcir encore les conditions du regroupement familial, notamment en exigeant des conditions de ressources et de logement plus strictes. Ces conditions existent déjà. Il faut être bien ignorant des scènes quotidiennes dramatiques dans les préfectures pour oser dire que le regroupement familial n’est pas assez restrictif.

Oui, la nation française est en crise. Mais il est criminel d’en imputer la responsabilité à l’immigration. Certains ont une vision culturaliste des émeutes dans les banlieues. Cette vision manifeste clairement une volonté d’ethniciser la question sociale afin de masquer la faillite libérale, dont relève également la proposition de Nicolas Sarkozy de généraliser les statistiques ethno-raciales. La lecture des socialistes est au contraire sociale. Ces quartiers ne se sont pas embrasés en raison d’une prétendue « fracture culturelle », mais bien parce que nous les avons laissé se paupériser, parce que nous avons laissé les inégalités et les discriminations de toutes sortes s’y développer.

Dans ces deux visions antagoniques, ce sont deux projets pour
la France qui s’affrontent. Le projet de Nicolas Sarkozy, c’est une  France libérale-communautariste, refermée sur elle-même, où règnent les inégalités et la précarisation généralisée. Au contraire, le Parti Socialiste  porte le projet d’une France plus forte car plus juste, où l’idéal républicain d’égalité des chances pourrait enfin reprendre tout son sens.


[1] Conférence de presse du 11 décembre 2006 sur l’immigration.

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