DEFENSE DE LA LAICITE

Question d’actualité au gouvernement n° 0063G de Mme Bariza Khiari (Paris – SOC)
publiée dans le JO Sénat du 11/01/2008

Mme Bariza Khiari. Monsieur le président, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, la rupture, la fin des tabous ne sont pas en soi synonymes de modernité. Au Latran, le Président de la République a franchi une ligne rouge en affirmant que, dans l’apprentissage des valeurs, « jamais l’instituteur ne pourra remplacer le pasteur ou le curé ».

M. Jacques Mahéas. C’est scandaleux !

Mme Bariza Khiari. Cette transgression est, pour nous, une régression. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC.)

Par ces mots, le Président de la République porte une atteinte sans précédent à la laïcité (Protestations sur les travées de l’UMP), dont l’école républicaine est le lieu d’expression historique. Il laisse entendre que l’école laïque, qui m’a permis, comme à beaucoup d’autres, d’enrichir et de dépasser une identité dont j’ai hérité, aurait formé pendant des générations des individus sans vertu, incapables de distinguer le bien du mal. (Nouvelles protestations sur les travées de l’UMP.)

M. Christian Cambon. N’importe quoi !

Mme Bariza Khiari. La morale laïque est essentielle pour la construction d’un citoyen éclairé et autonome.

Auriez-vous pour projet, monsieur le Premier ministre – ma question s’adressait à lui -, de substituer à notre République laïque une « politique de civilisation » faite de lois liberticides, de statistiques ethniques, de fichage génétique et de précarisation de notre modèle social ?

À tous ceux qui désespèrent à cause de la baisse de leur pouvoir d’achat, du chômage, de l’absence de logement et qui ne demandent que le « pouvoir vivre », vous proposez, pour éviter la confrontation au réel, un discours sur la transcendance et l’espérance. Mais notre plus grande espérance, c’est la République, ici et maintenant !

Pour contourner la question sociale, vous avez essayé de l’ethniciser. Aujourd’hui, vous tentez de la confessionnaliser.

M. Alain Gournac. La question !

Mme Bariza Khiari. Lors des émeutes de 2005, le ministre de l’intérieur de l’époque avait tenté de s’en remettre aux imams. Il y a bien là une constante !

Cette attaque idéologique prépare-t-elle des modifications législatives ou réglementaires ? La réponse faite par Mme Alliot-Marie à M. Christian Bataille, à l’Assemblée nationale, nous inquiète.

Sans modifier la loi de 1905, il est déjà possible d’intégrer des espaces funéraires musulmans. Cela se fait dans beaucoup de communes. En ce domaine, les problèmes sont davantage de nature politique que de nature juridique, et vous le savez bien. Si votre intention est de tenir compte des musulmans de France, sachez qu’ils ont surtout besoin d’être considérés comme des citoyens à part entière, et non comme des citoyens à part.

Notre conception de la laïcité n’est pas intolérante, elle est libératrice. Notre laïcité est le meilleur garant de la diversité, de la mixité et de l’émancipation des femmes.

J’en viens à ma question. (Ah ! sur les travées de l’UMP.)

Au motif d’aménagements techniques, comptez-vous, par la voie réglementaire, réformer le statut des associations cultuelles et modifier l’article 2 de la loi de 1905 ? (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC.)

Réponse du Secrétariat d’État aux Relations avec le Parlement

publiée dans le JO Sénat du 11/01/2008

M. Roger Karoutchi, secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement. Certes, monsieur Bodin ! Mais tout va bien, ne vous inquiétez pas !

Madame la sénatrice, je souhaite, tout d’abord, vous présenter les excuses de M. le Premier ministre, qui ne peut être présent parmi nous aujourd’hui.

Vous le savez, madame Khiari, de nombreux membres du Gouvernement sont issus de l’école publique, laïque et républicaine !

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Ils ont eu de mauvaises notes ! (Sourires.)

M. Roger Karoutchi, secrétaire d’État. Plusieurs d’entre eux sont même d’anciens inspecteurs généraux de l’éducation nationale – n’est-ce pas, monsieur Darcos ? -, qui ont défendu la laïcité avec force.

M. Paul Raoult. Raison de plus pour ne pas la casser !

M. Roger Karoutchi, secrétaire d’État. Par conséquent, sur ce sujet, il convient de rester mesuré.

En vérité, et vous le savez bien, la loi de 1905 a été modifiée et aménagée une douzaine de fois, par des gouvernements de gauche comme de droite. Il n’existe donc pas, en la matière, de règle préétablie.

Pour autant, le Président de la République a dit clairement, et il l’a encore répété hier,…

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Il a dit tellement de choses !

M. Roger Karoutchi, secrétaire d’État…. que la loi de 1905, dans ses principes, ses fondements et ses équilibres, ne serait pas modifiée, même si des aménagements techniques pouvaient intervenir.

Vous avez évoqué le problème des carrés confessionnels. Mme le ministre de l’intérieur a mis en place un groupe de travail qui réfléchit sur ce sujet en particulier et sur un certain nombre d’autres.

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Un groupe de travail… et on pense que c’est réglé !

M. Roger Karoutchi, secrétaire d’État. Vous avez raison de dire que la solution de ce problème dépend des communes. Mais, en disant cela, vous reconnaissez vous-même que c’est en fonction de la bonne volonté des communes que certains obtiennent satisfaction ou non.

Ne suffit-il pas simplement de prévoir des aménagements afin qu’une même règle s’applique dans l’ensemble du pays ? C’est ce type de mesure qui peut être envisagé par rapport à la loi de 1905.

Personne ne souhaite remettre en cause la laïcité, qui est le fondement du système mis en place dans notre pays.

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. C’est vous qui le dites !

M. Roger Karoutchi, secrétaire d’État. Pour autant, cessons d’avoir, sous couvert de laïcité – et je ne vous vise pas, madame Khiari -, une vision parfois intolérante.

Mme Marie-Thérèse Hermange. Merci !

M. Roger Karoutchi, secrétaire d’État. Il faut respecter ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, car même ceux qui ne croient pas ont des convictions.

La tolérance consiste aussi à accepter ceux qui croient, à les laisser s’organiser et être ce qu’ils sont. (Très bien ! sur les travées de l’UMP. – Protestations sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC.)

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. La laïcité est tolérante !

M. Roger Karoutchi, secrétaire d’État. Un peu d’ouverture d’esprit ainsi qu’une vraie laïcité positive et apaisée ne nuisent pas ! (Bravo ! et applaudissements sur les travées de l’UMP.)

Une réponse à “DEFENSE DE LA LAICITE”

  1. Pierre-Yves Pau dit :

    Ayant fait toute une scolarité heureuse dans des écoles de garçons, et n’en ayant pas conservé apparemment de séquelles ou de troubles de socialisation, je ne comprends absolument pas d’une part, l’amalgame fait ici entre laïcité et mixité, et d’autre part, par quelle opération du Saint esprit ladite mixité serait soudain devenu un dogme. Au nom de quelle logique?

    Peut-être essaie t’on par le biais de ce sophisme de nous faire avaler cette antienne féministe radicale selon laquelle la nature serait exclusivement une construction sociale? Peu importe alors que les découvertes récentes de la neuropsychologie, de la génétique, de la physiologie hormonale et des études sur le cerveau confirment qu’existent réellement une nature féminine et masculine sur lesquelles se construit la société, et non l’inverse. Dès la petite enfance, ces différences ressortent nettement dans les groupes mixtes ou les garçons et les filles, mutatis-mutandis, se cantonnent instinctivement dans des comportements et des activités spécifiques. Envisage t’on d’ouvrir des camps de rééducation pour chromosomes, afin que les petits garçons puissent ‘s’adapter’ à une approche taille unique, féminisée pour les besoins de la cause?

    Les éducateurs constatent tous les jours qu’un environnement mixte favorise précisément un renforcement des stéréotypes sexuels : dans une école non-mixte, on peut être populaire parce qu’on est physiquement attirant, mais aussi parce qu’on est drôle, courageux, travailleur ou intelligent. C’est le paradis des ‘bols’ et des petits malins, qui peuvent briller par leurs capacités cognitives. Dans une école mixte par contre, il faut avoir du succès avec le sexe opposé, sinon on est rien : c’est très réducteur, cela encourage les jeunes filles à se percevoir comme des objets sexuels, et donc on ne comprend pas bien pourquoi il faudrait y tenir mordicus, à la mixité.

    Ce qu’il importe de préserver, c’est le droit de chaque fille à la meilleure éducation possible. Pourquoi alors s’opposer aux classes non-mixtes, si comme plusieurs expériences l’ont démontré ces dernières améliorent la performance des filles? Pourquoi écarter d’emblée, sur la base d’études parcellaires et contradictoires, la possibilité qu’il puisse en être de même pour les garçons? Et pourquoi enfin ne pas privilégier, dans la mesure du possible, le choix et l’adaptation de l’école aux besoins de chaque groupe, garçons ou filles, dans les sphères d’activité appropriées?

    Garçons ET filles seront gagnants si nous organisons, à l’intérieur d’écoles mixtes, des activités d’apprentissage et de loisirs non mixtes, respectant ainsi la tendance naturelle des garçons et des filles à s’exclure mutuellement pendant une certaine période de leur enfance et adolescence. Sans compter que ladite mixité fut naguère instaurée pour des raisons essentiellement budgétaires : il est donc totalement fallacieux, voire malhonnête, de la présenter comme un acquis du féminisme. La France n’est pas l’Afghanistan.

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