L’ immigration et l’intégration en France – 100 ans d’histoire

Une journée de débats au Sénat – Lundi 12 février 2007

Ouverture du Colloque par Bariza KHIARI

Mes chers collègues,Mesdames et Messieurs,Chers amis,  M. Christian PONCELET, Président du Sénat, retenu par des engagements pris de longue date, m’a chargé de vous accueillir, en son nom, et au nom de tous mes collègues, sénatrices et sénateurs, je suis honorée et heureuse de vous accueillir au Sénat, dans cette Maison de la République, qui est aussi la vôtre.  Mais ce ne sont pas que des mots car vous êtes, ici, chez vous. Les institutions de la République n’ont de valeur que parce qu’elles sont au service du peuple.  Parce qu’élue de la République et parce que femme issue de l’immigration, je suis particulièrement sensible aux enjeux que nous allons évoquer dans quelques instants. Je suis convaincue que notre République, pour être fidèle à ses valeurs, au premier rang desquelles figurent l’égalité des chances et son corollaire, le refus des discriminations, doit très vite donner confiance à tous ses enfants.  Pourtant force est de constater que dès l’âge de l’acquisition des évidences, certains de nos enfants sont laissés sur le bas-côté de la réussite, en marge de notre République. Comment peut-on dès lors s’étonner qu’ils ne défendent pas, avec la même ferveur que nous, notre « vouloir vivre ensemble », ce pacte républicain dans lequel ils ne se retrouvent pas, et c’est, hélas, compréhensible : scolarité négligée, perspectives d’avenir limitées, chômage flirtant avec les 40%…La désillusion est leur quotidien. 

Ces enfants, tous, filles et fils de la République, ont été privés d’un droit élémentaire : le droit à l’ambition. Même ceux, qui parviennent à surmonter toutes ces barrières socio-économiques, restent confrontés à un obstacle de taille : les mentalités. Cadres supérieurs, haut fonctionnaires, sportifs de haut niveau…quel que soit le chemin parcouru, tous sont trop souvent renvoyés, au nom de leurs origines supposées, à leur capacité à s’intégrer. Mais de quelle intégration parle-t-on ?  Français « canal historique » ou Français « issus d’immigrations plus récentes », nous avons tous en commun d’unir, aujourd’hui et pour demain, nos destins dans la communauté France.  Alors ne permettons pas que la République devienne une fédération de communautés, comme certains, à l’affût de coups électoralistes, le voudraient. Luttons pour que notre République, celle à laquelle nous sommes si viscéralement attachés, demeure une communauté de citoyens.
La République c’est « une grande amitié » pour reprendre le mot de Michelet.
 Parce que citoyenne militante, et bien que consciente que le chemin qui nous reste à parcourir est encore long, j’ai confiance. Confiance en demain. Confiance dans les valeurs qui sont les nôtres. 
Cet objectif, indispensable à la survie de notre modèle républicain, passe par une politique de la ville toujours plus volontariste dans le combat pour la suppression des ghettos urbains et par une réforme adaptée de notre système éducatif pour faire vivre l’égalité des chances. Ensemble, réinventons demain. C’est grâce à chacun de nous que la République parviendra à briser ce « plafond de verre ». Nous sommes sur la bonne voie. Des conquêtes significatives ont été faites.  Je pense notamment au plan de rénovation urbaine qui permet à chacun de nos concitoyens de se réapproprier nos quartiers ou encore plus récemment dans le cadre du projet de loi instituant un droit opposable au logement, du vote par notre Assemblée, le 1er février dernier, d’une aide à la réinsertion familiale et sociale dans leur pays des anciens migrants, les chibanis, nos chibanis. Cette mesure intervient après un autre évènement important : la revalorisation des pensions des tirailleurs des anciennes colonies françaises grâce notamment à l’excellent film de Rachid Bouchareb « Indigènes » ou quand le cinéma fait avancer des combats… Ces combats c’est ensemble que nous les gagnerons. L’histoire de l’immigration en France est avant tout un combat pour la dignité.  En connaissant notre histoire, cette histoire commune, nous pourrons avancer d’un pas sûr. C’est en gardant toujours à l’esprit que ce sont des histoires de vie, celles de nos parents, de nos grands-parents, qui ont fait et font l’Histoire, notre histoire, l’Histoire de France, que nous resterons fidèles aux valeurs qui ont fait la grandeur de notre Nation. Je vous remercie de votre attention.

 

Une réponse à “L’ immigration et l’intégration en France – 100 ans d’histoire”

  1. Guy DIDIER dit :

    Bravo pour cette intervention. Vous-même comme beaucoup d’autres femmes dont les parents étaient des immigrés maghrébins aujourdhui se sont décidées à combattre les déterminismes, mot sous lequel se dissimulent les discriminations. Ces nouvelles femmes politiques du PS ou d’ailleurs (cette pluralité est plutôt un signe d’intégration !), nous pouvons les retrouver dans l’article La marche des soeurs ainsi que le beau parcours de Zoubida à Strasbourg sur le site http://www.entre-gens.com. Bientôt elles seront à l’Assemblée comme vous êtes au Sénat.

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